« Emma La Rouge » sur l’Espagne

Texte original : « Red Emma »on Spain The Bristol Labour Weekly, 6 mars 1937

L’une des plus remarquables réunions publiques de masse jamais vues à Bristol s’est tenue samedi soir au Kingsley hall, où Miss Emma Goldman (« Emma la Rouge ») l’une des figures les plus célèbres dans les milieux révolutionnaires, a parlé au nom de la cause du peuple espagnol devant un public vivement intéressé.

«  »Emma la Rouge » a 68 ans mais les années n’ont pas affecté sa vitalité. Sa voix était aussi énergique que celle d’une jeune femme ; elle était encore plus que cela car elle reflétait la profonde sincérité de la femme.

Cette petite femme n’a pas été seulement capable de tenir captivé un auditoire de plusieurs centaines de personnes pendant plus d’une heure,mais aussi de retracer une dizaine de faits marquants de l’histoire espagnole. L’histoire de l’Espagne, celle de Emma Goldman et de son anarchisme se sont mêlées subtilement dans un récital jamais mis en doute et qui traduisait sa propre conviction.

Quand l’oratrice a crûment expliqué qu’elle était là pour collecter des fonds pour les femmes et enfants espagnols, la réponse fut 100£ sans autre pression que le pouvoir de la vérité.

Les anglais ne sont pas seulement induits en erreur par les journaux quant aux origine du combat espagnol, ils font aussi d’une question parfaitement claire, un mystère. A t’elle dit en parlant de l’ignorance dans ce pays concernant la situation en Espagne. Elle a accusé la presse de cacher délibérément la vérité.

« Vous ne passerez pas »

Il ne restait plus au peuple espagnol que de dire « Non, vous ne passerez pas » aux hordes fascistes qui avaient envahi l’Espagne. Les travailleurs espagnols ne voulaient pas la guerre et n’étaient pas préparés à la révolution, mais furent obligés de prendre les armes. Un complot a été conçu. Pendant la dernière guerre, les gouvernements alliés ont porté assistance à la Belgique;aujourd’hui, aucun gouvernement n’a levé le petit doigt pour aider l’Espagne.

Elle a ensuite brossé un tableau de cent ans d’histoire de lutte pour la liberté en Espagne. En 1840, la première organisation syndicale fut interdite et la lutte a continué depuis.

Parlant de ses propres idées,l’oratrice a déclaré que le gouvernement devait être circonscrit. La classe dirigeante représente le passé; les travailleurs, l’avenir radieux. « Tous les dirigeants sont myopes comme des taupes » a t-elle dit.

« L’esprit de destruction peut être aussi un esprit de construction. J’ai été bouleversée de voir que rien n’avait été détruit par les ouvriers dans les magasins et les usines du pays.Je leur ai demandé pourquoi cela et ils m’ont répondu ; »Pourquoi détruirions-nous ? » Ces ouvriers faisaient davantage preuve d’intelligence que leurs dirigeants. Ils étaient préparés à des actons constructives. Le fascisme signifie la destruction et,si il gagne en Espagne, il ne s’arrêtera pas là et s’entendra sur le monde entier. Pas même votre pays n’y échappera »

Miss Goldman a critiqué sévèrement l’éducation donnée dans les universités et collèges. Elle étouffe l’amour de la liberté, inculque de faux idéaux. Il n’existe qu’un seul professeur – la vie elle-même. Mais le peuple espagnol possède un fort sentiment artistique qui les empêche de détruire les églises et les cathédrales,et les seules qui l’ont été s’étaient révélées servir comme des arsenaux ou des banques. La fortune de l’Évêque de Madrid s’élevait à 500 000 £ et les « Petites Sœurs des Pauvres » étaient millionnaires.

« L’Espagne doit vaincre » a t’elle conclu. « Si nous perdons, le pays fera un bond en arrière de cent ans ».

Toutes les classes sociales étaient représentées à cette réunion publique qui était honorée par la présence officieuse de la maire de Bristol, Miss Moon. Miss Goldman était épaulée admirablement par Miss Ethel Mannin, la célèbre romancière et Mr Reginald Reynolds, qui représentait le I.L.P. Alderman W.H Hennessy assurait la présidence.

Traduction R&B