La Société Nouvelle

Extraits de VISION ON FIRE Emma Goldman on the Spanish Revolution David Porter AK Press, 2006 Seconde Édition

Observations Générales (p 69- 73)

Dès avant son départ pour l’Espagne, Goldman écrit avec enthousiasme à Milly et Rudolf Rocker (26/8/36) au sujet du modèle révolutionnaire créatif des anarchistes espagnols.

« . . . Je réalise que la défense armée est impérative contre les attaques des forces noires . Mais je suis surtout intéressée par le travail constructif de nos camarades en Catalogne, la socialisation de la terre et l’organisation des industries. Ils ne pourront peut-être pas le faire pendant longtemps. Mais si ils étaient vaincus, ils auront montré le premier exemple de l’histoire de comment des Révolution doivent être faites. »

En Espagne depuis à peine quelques jours, (19/9/36), Goldman décrit à sa nièce l’effet revitalisant d’observer en personne cette transformation sociale radicale .

« . . . Je ne peux sans doute pas entre dans les détails au sujet de la situation après seulement trois jours passés à Barcelone. Je peux simplement dire que je suis venue de moi-même près de mes braves et héroïques camarades qui se battent sur de si nombreux fronts contre tant d’ennemis. Leurs réalisations les plus impressionnantes jusqu’à maintenant, c’est l’ordre merveilleux qui règne ici, le travail dans les usines et les commerces que j’ai vu, maintenant aux mains des travailleurs et de leurs organisations. Certains endroits que j’ai visité et les maisons réquisitionnées par nos camarades pour leurs différents bureaux, et qui appartenaient auparavant aux milieux d’affaires les plus aisés, sont restés dans le même parfait état comme si il n’y avait pas eu de combats entre la vie et la mort dans les rues de Barcelone. Je pense que c’est la première fois dans l’histoire qu’un tel accent est mis sur l’importance primordiale de faire fonctionner l’appareil économique et la vie sociale comme cela est le cas ici. Et cela par les anarchistes bordéliques si critiqués, qui n’ont soi disant « pas de programme » et dont la philosophie est fondée sur la destruction et les ruines. Peux tu imaginer ce que cela signifie pour moi de voir la tentative pour réaliser les idées mêmes que j’ai défendu si passionnément depuis la révolution russe ? Comme quoi . . . tout ce travail en valait la peine, toute les souffrances et l’amertume de ma lutte vécues pour voir nos camarades à l’œuvre. Je suis trop heureuse pour trouver les mots pour exprimer mon exaltation et mon admiration pour nos camarades espagnols.

Tu comprends, ma très chère, que l’effort prioritaire de la CNT et de la FAI est d’écraser le fascisme. Mais au-delà, et surtout, tous leurs efforts tendent à démontrer la possibilité d’un nouvel ordre social fidèle à nos idées. Peu importe ce que peut dire la presse étrangère, des journaux aussi misérables que la Nation, pour minimiser la contribution des camarades à Barcelone et en Catalogne, la CNT et la FAI sont les forces motrices du changement ici. Ils sont aux manettes et ils déclarent fièrement qu’ils visent bien plus que de gagner la bataille contre l’ennemi noir (1) mais qu’ils vont laisser leurs empreintes dans le sol du pays et dans l’esprit et le cœur de sa population. Tu peux dire cela à tout le monde de ma part, ma chérie et ajouter que je veux de tout mon cœur devenir une part, une part active, de toutesles manières qui me sont possibles, de cette grandiose bataille pour le triomphe de nos idées. »

Les racines de la révolution constructives étaient incrustées dans la conscience profonde des ouvriers espagnols. Ce n’était pas une conception imposée d’en haut. Ce fait, basé sur des semaines d’enquête dans l’Espagne républicaine, validait chez Goldman, plus que toute autre chose, la foi de toute une vie dans la viabilité de l’idéal anarchiste (30/11/36 lettre à Roger Baldwin) .

« Une chose que je peux déjà te dire : la Révolution est en sécurité avec les ouvriers et les paysans de Catalogne, d’Aragon et du Levant. Je sais de quoi je parle. J’ai voyagé dans ces régions, j’ai visité les villes et les villages collectivisés et j’ai vu l’état d’esprit de la population. Elle est imprégnée de l’idéal que tant d’entre nous avons défendu toute notre vie. Je suis certaine qu’elle ne sera jamais vaincue. L’aspect le plus impressionnant de la révolution selon moi, est qu’elle n’a pas de leaders, de grands cerveaux. C’est entièrement une révolution de masse, sortie des profondeurs du sol espagnol, les profondeurs des besoins et des aspirations des travailleurs. Personne n’osera plus dire que l’anarchisme n’est pas concret ou que nous n’avons pas de programme . Le travail créatif réalisé ici réfute cette accusation fausse lancée contre nous par toutes sortes de gens. Oui, mon cher, je pense que tout ce que j’ai donné au mouvement anarchiste valait la peine lorsque je vois ses premières réalisations de mes propres yeux. Je vis mes plus grandes heures. »

Un an plus tard (11/11/37) , dans une lettre à un camarade non identifié, Goldman exprime son étonnement de voir l’activité constructive et créative continuer de plus bel, malgré les énormes obstacles et le sabotage ouvert dont il est l’objet.

« Nier les maux que j’ai découvert lors de mon second séjour en Espagne serait trahir tout mon passé et desservirait les camarades espagnols. Leurs pertes sont énormes. Et cependant, elles ne pèsent pas dans la balance face à leurs acquis. I Je ne parle pas seulement de leur influence morale. Je parle du travail constructif commencé le 19 juillet, qui, souvent, s’est poursuivi, amélioré et a été tant perfectionné depuis l’année dernière. Pour moi, il est miraculeux qu’une population continue à construire face à la guerre, au manque de nourriture et à un régime politique mortel qui a rempli les prisons, détruit certaines coopératives et qui élimine ses opposants au beau milieu de la nuit, mettant donc en danger la vie de tous ceux qui ne jurent pas que par le régime de Staline-Negrin.

J’espère écrire au sujet de la marche dévastatrice des brigades Lister et Marx sur quelques-unes des coopératives d’Aragon et la dévastations qu’elles ont laissé derrière elles.(1) Pour le moment, je veux seulement dire que ce siège sauvage n’a pas refroidi les ardeurs et l’esprit de nos camarades. Ils brûlent d’un feu qui leur donne force et détermination pour continuer la construction de l’Espagne nouvelle. Il faut voir leur travail et écouter leurs histoires pour prendre conscience que la révolution est loin d’être morte. Et cela suffit pour me jeter avec une énergie renouvelée dans le travail pour la CNT-FAI à l’étranger. »

Son intervention au congrès de l’A.I.T à Paris en 1937 reprend le même thème.

« Je suis retournée en Espagne avec appréhension à cause de toutes les rumeurs qui m’étaient parvenues après les évènements de mai, sur la destruction des coopératives. Les Brigades Lister et Karl Marx ont traversé l’Aragon et des endroits en Catalogne à la manière d’un cyclone, dévastant tout sur leur passage; Mais il est également vrai que la plupart des coopératives ont continué à fonctionner comme si de rien n’était. En fait, je les ai retrouvées en septembre et octobre 1937 mieux organisées et en meilleur ordre de travail, et que, après tout, c’est le point le plus important que l’on doit garder à l’esprit dans tout jugement sur les erreurs commises par nos camarades en Espagne. Malheureusement, nos camarades critiques ne semblent pas voir ces aspects si importants de la CNT-FAI. C’est pourtant ce qui les différencie de Lénine et de sa bande qui, loin d’essayer même de construire la révolution russe en termes d’efforts constructifs, ont tout détruit pendant la guerre civile et même des années après. »

Une année plus tard, dans les derniers mois de la guerre civile (9/12/38), Goldman écrit dans une ébauche d’article que l’activité constructive est encore aussi vigoureuse qu’auparavant parce qu’elle est dans le sang même des travailleurs. Elle précise également qu’une telle activité est perçue comme les premières étapes vers l’anarchisme et non sa complète réalisation.

« J’étais évidemment intéressée de voir jusqu’à quel point la CNT-FAI constituait encore la force morale dans les rangs des paysans et des travailleurs, et quelle était son influence dans la vie industrielle et agricole de l’Espagne. C’était le plus important parce qu’un certain nombre de camarades en dehors d’Espagne sont si facilement susceptibles envers tout rapport peu flatteur qui leur parvient au sujet de la CNT-FAI. Maintenant, il est exact que les industries de guerre et les chemins de fer ont été nationalisés. Il est aussi tristement vrai que Negrin a restitué à leurs anciens propriétaires les centrales électriques collectivisées par la CNT-FAI aussitôt après le 19 juillet 1936.
Mais cependant, j’ai trouvé que les anarchistes espagnols y étaient encore très influents. D’un autre côté, les coopératives dans le transport, l’industrie du bois, le textile et l’habillement, les coopératives laitières et beaucoup d’autres, continuent d’être tenues par les membres de la CNT. Il en est de même pour les coopératives agricoles. En outre, cela ne s’applique pas seulement à la Catalogne, où j’ai pu me rendre à nouveau, mais aussi à la Castille, au Levant et aux région non occupées de l’Andalousie. Je tiens cela non seulement de notre camarade Augustin Souchy, mais aussi de nombreux délégués de ces régions qui ont participé à l’assemblée plénière. Le camarade Souchy a passé plusieurs mois dans ces régions et a collecté une immense quantité d’informations qu’il est en train de rassembler actuellement pour un livre (2). Autrement dit, quels que soient les coups qu’a reçu la révolution espagnole, et je sais mieux que n’importe quel autre visiteur de l’Espagne combien les blessures sont profondes, je dois néanmoins insister sur le fait que la collectivisation et la socialisation représentent encore la réalisation révolutionnaire la plus aboutie des anarchistes espagnols, et plus précisément, même si Franco prenait le contrôle de toute l’Espagne, ce que personne dans le camp loyaliste ne considère comme possible, la collectivisation continuera. Et cela non seulement à cause de l’influence de la CNT-FAI mais aussi pour la raison que l’idée de collectivisation est profondément enracinée chez les ouvriers et les paysans. On pourrait même dire qu’elle est le souffle même de leur vie.

Ni la marche dévastatrice de Lister à travers les coopératives d’Aragon ou la destruction toute aussi brutale des autres coopératives par la Brigade Karl Marx , ni les ingérences du gouvernement lui-même n’ont réussi à faire se détourner très longtemps les populations de la collectivisation . J’en ai eu de nombreuses preuves l’année dernière et peut-être encore des preuves plus convaincantes encore lors de ma dernière visite . Par manque de place, les quelques exemples que je donne devront suffire, mais auparavant, je veux souligner les remarques puériles de quelques camarades en Amérique selon lesquelles la collectivisation n’est pas l’anarchisme et que, par conséquent, nos camarades espagnols avaient tourné le dos à leur idéal. Outre le fait que ceux qui expriment ces critiques n’ont jamais été obligés de démontrer en pratique leur anarchisme, leur capacité d’endurance et de courage face au monde entier, il faut souligner que nos camarades espagnols ne prétendent pas que la collectivisation ou la socialisation, c’est l’anarchisme. Ils insistent cependant sur le fait que ces deux formes de reconstruction représentent les premiers pas vers la réalisation du communisme libertaire. Ils n’ont pas seulement raison, mais ils ont aussi prouvé le truisme du principe de Bakounine, selon lequel la révolution n’est pas seulement une puissance de destruction mais aussi la volonté de reconstruction. Seuls des bigots à l’esprit étroits parmi les rangs anarchistes peuvent ignorer le fait que nos camarades ont été les premiers dans l’histoire des révolutions et luttes sociales a avoir commencé à reconstruire la société au milieu du chaos et de la mort, et face à la conspiration des démocraties tout autant que des nations fascistes. Ils ont ainsi montré un glorieux exemple au prolétariat international. Pour cela, et pour de nombreuses autres raisons, les anarchistes espagnols méritent mieux, de la part de leurs propres camarades, qui se posent en Simon Pure (3) 100% Anarchistes. Tout ce que ces gens ont fait, c’est de poignarder dans le dos leurs frères espagnols. »

 

egspainEG avec des camarades espagnols

Sa visite à un vignoble et d’une usine d’embouteillage autogérés par les travailleurs lui fournit l’occasion de souligner les attitudes positives plutôt que négatives du prolétariat espagnol. (18/11/36 lettre à sa nièce) .

« Hier, j’ai visité les plus grands vignobles de champagne (4) de ce pays. Ils furent fondés au 16ème siècle et perpétués par une longue lignée familiale jusqu’à la révolution. C’est la plus moderne et la mieux organisée des installations que je n’ai jamais vu.Et, le croiras-tu, tous son personnel, y compris le directeur, est membre de la CNT. L’exploitation est aujourd’hui collectivisée et autogérée par les travailleurs eux-mêmes. Le directeur, un camarade qui m’est tombé dans les bras lorsqu’il a appris mon nom, a été très surpris quand je lui ai demandé si les ouvriers avaient une chance de boire le champagne. « bien sûr, » a t’il répondu. « que serait la révolution si elle ne donnait pas aux ouvriers ce dont qu’ils n’ont jamais eu? » Espérons qu’il en sera vraiment ainsi. En même temps, il y a plusieurs millions de bouteilles de champagne qui seront très probablement utilisées comme monnaie d’échange avec le monde extérieur contre des produits dont l’Espagne a besoin. En échange, je suppose, de ce que la Russie envoie ici. Un échange juste n’est pas du vol. Une chose est certaine, les ouvriers en Russie n’auront pas une goutte de champagne. Ici, ils peuvent déjà en profiter. Une variété , pas si mauvaise, ne coûte que trois pesetas la bouteille. Mais ce n’est pas le plus intéressant. Ce qui l’est, c’est plutôt la compréhension et l’évaluation des ouvriers espagnols de la valeur du travail. Je ne peux pas décrire à quel point. Imagine des gens asservis pendant des siècles et frappés de pauvreté laissant tout intact, en parfait ordre de fonctionnement, sans casser la moindre bouteille ou détruit quoi que ce soit. Les amis (allemands) qui étaient avec moi, ont dit « En Allemagne, les ouvriers auraient bu autant qu’ils auraient pu écluser et auraient détruit le reste  » ? Je pense que les ouvriers russes, ou beaucoup d’entre eux, auraient fait la même chose. D’une certaine manière, c’est compréhensible de la part de personnes qui n’ont jamais profité d’’une quelconque forme de luxe. Mais cela est révélateur de la qualité des masses espagnoles et de ses volontés constructives. Ils détestent tout simplement détruire quelque chose qui représente du travail. Je l’ai vérifié dans toutes les usines, ateliers et magasins et tous les autres endroits que j’ai visité. Cela me fait espérer que, lorsque le fascisme sera éradiqué, les ouvriers reconstruiront leur pays en moitié moins de temps que cela n’a pris en Russie. Et ce seront les ouvriers eux-mêmes qui le feront, et non un appareil politique. Si seulement le fascisme était exterminé. C’est le hic. Mais ici aussi, on ne peut qu’espérer de toutes les fibres de son corps. »

Au milieu de sa seconde visite durant la révolution, son rapport à Ethel Mannin (4/10/37) d’une tournée dans l’industrie du bois collectivisée révèle les méthodes d’enquêtes de Goldman et les sentiments libertaires des ouvriers.

« J’ai passé toute la journée à passer en revue l’industrie collectivisée du bois. On peut difficilement vanter ses mérites, à moins d’avoir vu de ses propres yeux comment les ouvriers poursuivent leur tâche en produisant et perfectionnant leurs efforts collectifs, cernés par le danger omniprésent. Et quel optimisme, quelle foi sublime. On s’oublie complètement soi-même et tout ce qui est de nature personnelle parmi la vie de l’esprit collectif des masses. Il n’existe aucun pouvoir pour détruire cela. C’est incrusté dans la texture même des masses espagnoles. Cette prise de conscience renforce mon espoir que, quelles que soient les erreurs et les compromis de la CNT-FAI, la révolution est loin d’être perdue. Il faut ajouter à cela la dignité innée du peuple espagnol et son absolu courage. Sois sûre, ma chère, que je ne me contente pas de la version que je reçois des camarades qui sont à la tête des différents comités dans les coopératives. Je suis trop expérimentée pour ne pas comprendre que, aussi honnêtes et francs que soient les meilleurs d’entre nous, une position de responsable créé une certaine psychologie dont la plupart des aspects diffèrent de celle de l’homme au travail qui effectuent les tâches les plus difficiles. Pour cette raison,j’essaie naturellement d’obtenir la réaction des ouvriers eux-mêmes. Et j’ai été encouragée de voir qu’ils se fichaient éperdument de qui était présent et qu’ils disaient ce qu’ils avaient sur le cœur. Non seulement ils n’ont pas peur mais ils ressentent trop profondément leur condition d’hommes pour cacher leurs réactions devant les changements qui sont survenus ici dans l’appareil d’état. Ils les considèrent avec dédain parce qu’ils savent que l’appareil politique est éphémère et que le pouvoir économique du peuple est l’ultime facteur de décision. Par conséquent, prétendre que venir ici est aussi futile que de voyager en tant que touriste en Russie est pure ignorance de la fierté et de l’indépendance du caractère espagnol. Je suis sûre que les ouvriers avec qui j’ai parlé aujourd’hui et depuis mon retour se sentent plus libres que les ouvriers dans les usines anglaises et américaines . J’ai été spécialement impressionnée par les réponses à mes questions sur ce qu’avaient réellement gagné les ouvriers avec la collectivisation. Le croiras-tu, la réponse a toujours été, en premier, une plus grande liberté. Et seulement en second, de meilleurs salaires et une durée de travail moindre. Durant les deux années que j’ai passé en Russie, je n’ai entendu aucun ouvrier exprimer l’idée d’une plus grande liberté (5). Cela me semble la clé de la nature intrinsèque des ouvriers espagnols, particulièrement de la CNT-FAI. Et c’est pour moi l’espoir de l’évolution future dans ce pays. »

Continuellement impressionnée par l’énergie et l’enthousiasme de ses camarades espagnols envers la reconstruction économique, Goldman commente plus avant leur plan à plus long terme pour le développement économique au milieu de la guerre civile, dans une lettre à Abe Bluestein, (25/1/38)

« Penses-y cher Abe, ici nous sommes confrontés à toutes sortes, avec les positions prises par la d’erreurs, des discussions sur des articles que quelqu’un a écrit aux États-Unis au sujet de l’état et bien d’autres choses encore, et cependant, nos camarades en Espagne peuvent organiser un congrès auquel participe 800 délégués, qui débattent non pas de l’État, ni d’aucun équilibrage politique, mais de reconstruction économique – le besoin pour l’Espagne d’une nouvelle économie, de se débarrasser des entreprises qui ont échoué et de mettre en place d’autres usines industrielles qui tiendront leurs promesses. Huit cent délégués assis et discutant tranquillement de la reconstruction économique de l’Espagne au moment où les villes sont bombardées, comptant les morts et les mutilés par centaines, et où la guerre fait rage sur tous les fronts. Donne moi un autre exemple similaire dans toute l’histoire et je pourrai ne plus me sentir aussi déterminée à rester aux côtés de la CNT-FAI. »

[…]

Education et Culture (p 85 -86)

Dans le cadre de leur effort général en vue de la révolution sociale, les anarchistes espagnols étaient soucieux d’élargir les opportunités éducatives sur une base libertaire, un thème que Goldman partage ici dans une lettre du 10/10/36 à sa nièce.

« Tu ne le croiras pas ma chère, mais au milieu du danger tout autour de Madrid et sur le front de Saragosse, un millier de délégués sont venus de toute la Catalogne, rassemblés pour discuter des écoles modernes (6). Ils discutent du matin jusque tard dans la nuit. Et que penses-tu que soient leurs arguments ? Rien de moins que la sauvegarde des principes fédéralistes contre tout empiétement de la centralisation, le communisme libertaire contre la dictature. Comment quelqu’un peut-il espérer écraser un tel peuple, dont l’amour de la liberté n’est pas seulement puisé dans les lectures mais coule dans son sang même ? Non, quoi qu’il arrive, la CNT-FAl ne mourra jamais, peu importe les forces criminelles déployées contre elle. »

Dans ce passage d’un article qui lui est consacré, (9/12/38), Goldman cite l’importance de l’anarchiste Juan Puig Elias (7) dans le développement du réseau d’éducation libertaire.

« J’espère bientôt trouver le temps d’écrire un portrait de Juan Puig Elias qui est le vrai cerveau du ministère de l’éducation et de la culture. Je l’ai rencontré un court moment en 1936 à un congrès d’enseignants auquel assistaient des délégués venus de toute l’Espagne, où il présentait son plan de La Es­cuela Nueva Unificada qui fut accepté par l’assemblée entière avec enthousiasme et qui s’est concrétisé depuis. Le camarade Puig Elias est vraiment l’un des pédagogues modernes les plus exceptionnels au monde, un homme à la vaste culture et d’une profonde compréhension de la psychologie de l’enfant. Le C.E.N.U (Centre de l’Ecole Nouvelle Unifiée), est passé depuis sous la juridiction de la Generalidad, mais tous les efforts de sa part pour éliminer les principes libertaires fondamentaux établis par son fondateur ont échoué. Le camarade Puig Elias m’a confié à son secrétaire privé, le professeur Mawa, à l’énergie la plus débordante de toute l’Espagne. C’est un homme capable de s’occuper d’une douzaine de tâches par jour et de trouver encore le temps de répondre à toutes les demandes qui lui sont faites avec la plus grande précision et de la manière la plus amicale. Grâce à ce guide de qualité, j’ai appris davantage en quelques jours sur les écoles et les colonies que je ne l’aurais pu en plusieurs semaines. »

Dans ce passage d’un article du 1/5/38, Goldman décrit sa participation dans un film réalisé par un collectif autogéré.

« Nous n’avons pas oublié de rendre une visite à nos camarades du Syndicat du Divertissement Public [à Madrid]. Nous avons eu la chance d’arriver juste au moment où il tournait un film intitulé « Castilla se Libera« . Les trois scènes que l’on nous montra étaient splendidement réalisées dans tous les domaines, et d’une grande valeur pour montrer au monde extérieur le travail constructif réalisé par la CNT-FAI partout dans l’Espagne anti-fasciste. On nous a promis des copies pour l’Angleterre et les États-Unis ainsi que pour d’autres pays d’Europe.

J’ai connu ma première expérience de vedette de cinéma de toute ma vie dans les studios de Cine Espanola-Americana. Nous sommes arrivés juste au moment où était filmée la scène d’une fête espagnole avec tous les artistes présents dans leurs différents costumes régionaux. Parmi eux, deux étonnamment belles jeunes danseuses espagnoles se trouvaient – qui soutenaient la comparaison avec les argentines et autres grandes danseuses espagnoles, payées des sommes faramineuses sur les scènes américaines. Le directeur (8), lorsqu’il entendit mon nom, se précipita pour m’embrasser et insista pour que je me joigne au groupe d’artistes. Je n’avais jamais été entourée d’une foule plus colorée et intensément fervente de jeunes gens. En plus de cela, ils voulurent que je salue Madrid en quelques mots pour pouvoir l’enregistrer. Ce fut un moment très émouvant , mon regret étant que je ne pouvais pas faire ces salutations en Castilian, mais le Camarade A.S fit de son mieux pour s’en approcher le plus possible dans son espagnol approximatif.

Nous avons appris que les principaux artistes de la coopérative – car c’était une coopérative – touchait le même salaire qu’avant le 19 juillet. Celui des autres salariés avait été augmenté. Pour autant que l’on puisse obtenir des réponses authentiques en présence d’un directeur, les artistes semblaient satisfaits de leur sort. Je ne veux pas suggérer que le directeur était une personne crainte. Il était une personne parmi les autres, la plupart membres de la CNT, qui étaient responsables du travail, de son début à la réalisation complète du film qu’ils étaient en train de tourner. »

Goldman fut profondément émue par l’acharnement continu des anarchistes à enrichir la culture populaire au milieu d’un conflit meurtrier, comme elle le décrit dans cette lettre du 15/7/38 à Harry Kelly.

« Le dernier bulletin allemand publie un article sur la célébration par les anarchistes espagnols de la « Semaine Du Livre » . Cela me fait monter les larmes aux yeux. Voici des gens condamnés à mort, avec toutes les issues fermées et leurs propres camarades les poignardant dans le dos, victimes d’une lente malnutrition, et qui pensent encore à la culture et à la valeur de bons livres. C’est tout simplement stupéfiant. »

L’aide Sociale d’Urgence (p 86 -91)

L’aide sociale envers un grand nombre de civils dont les vies avaient été gravement perturbées par la guerre était un domaine crucial dans lequel les anarchistes espagnols pouvaient apporter un réseau de soutien alternatif imprégné des principes libertaires. Dans cet article du 10/12/37, Goldman décrit sa visite de l’une de ces initiatives.

« Lorsque je suis retournée en Espagne fin septembre [1937], je m’étais promis de visiter la colonie pour orphelins et autres enfants qui avait été mise sur pieds par Espada Libre et soutenue par nos camarades à travers le monde. Et parmi ceux-ci les efforts énergiques de Spain and the World (9) pour collecter des fonds. Une femmes anglaise, très active à Londres dans l’aide aux réfugiés et son mari espagnol sont venus me voir à Barcelone et se sont portés volontaires pour m’emmener à Gérone, sur leur route pour Figueras, où ils habitent

Je suis arrivée vers 16 heure à la colonie Durruti-Ascaso, située dans un magnifique parc et dans une maison spacieuse avec une capacité d’hébergement pour 200 enfants. Parmi eux, vingt d’entre eux sont les orphelins dont s’occupe Spain and the World. Ils viennent, comme tous les autres, de Madrid. Les camarades qui gèrent la colonie sont principalement une jeune femme polonaise juive et un français, soutenus par un personnel composé de camarades français et espagnols. Nous sommes arrivés sans nous annoncer. Aucune préparation n’avait pu être prévue à l’avance. Cela m’a donné l’occasion de découvrir la colonie en situation normale dans sa routine quotidienne. La salle à manger n’étant pas assez grande pour recevoir 200 enfants, les plus petits prennent leurs repas en premier , puis c’est le tour de ceux qui ont entre sept et dix ans, et enfin les plus âgés. J’ai été impressionnée et émue de voir la fierté de ces gamins lorsqu’ils montraient leurs mains propres en passant devant la directrice. La salle à manger est claire et aérée, avec des fleurs sur les tables, des rires émanant de tous les coins, rires plus nécessaires pour les victimes du fascisme que pour des enfants de condition normale. Les cartes de menu, illustrées de petites fleurs, en donnait la description pour chaque jour de la semaine.

La nourriture est copieuse et variée. Les dortoirs m’ont aussi surpris par leur espace, leur aération et leur ensoleillement. Les lits, impeccablement propres – en fait, chaque partie de la maison révèle l’efficacité et le dévouement des camarades en charge des enfants.

Tout aussi importantes étaient les aires de jeux où les enfants s’ébattaient pendant leurs heures de loisir et après l’école. Nos camarades avaient espéré organiser les cours dans la colonie à la fois à l’extérieur et à l’intérieur; mais il était devenu désormais obligatoire de s’inscrire dans les écoles du gouvernement. Heureusement, celles-ci n’avaient pas réussi à changer les splendides programmes éducatifs présentés lors de l’assemblée plénière à laquelle j’avais assisté à Barcelone en 1936. La colonie avait néanmoins trois enseignants, l’une d’entre eux étant une camarade passionnément convaincue par les approches et les méthodes nouvelles de l’éducation moderne. L’impression la plus réjouissante fut que les enfants étaient libres, faciles à vivre et ne montraient aucune crainte envers leurs aînés. Une parfaite camaraderie régnait parmi non camarades à la tête de la colonie, les enseignants et les enfants. Il n’y avait aucune frime ou épate. Personne ne leur imposait la nécessité de croire à des histoires. Somme toute, la colonie me faisait souhaiter que toutes les innocentes victimes de Franco puissent bénéficier de soins, d’attention et d’une alimentation semblables.

Les lecteurs de Spain and the World peuvent se demander justement si tous les enfants sont aussi bien nourris et si magnifiquement pris en charge que ceux de la colonie Durruti-Ascaso. C’est malheureusement loin d’être le cas. Mais il faut garder à l’esprit que la Catalogne seule compte deux millions de réfugiés, hommes, femmes et enfants. En plus de sa propre population, il est nécessaire en plus d’envoyer des vivres à Madrid et d’alimenter les milliers de miliciens sur le front d’Aragon ; mais autant qu’il est en leur pouvoir, nos camarades de la CNT-FAI font tout leur possible pour satisfaire aux soins et aux besoins des enfants. »

L’engagement enthousiaste de Goldman envers l’importance d’un tel travail est démontré dans sa lettre du 14/2/38 à un dirigeant anarchiste Pedro Herrera. Elle lui rappelle qu’elle avait été profondément déçue fin 1937 de trouver les lieux d’accueil pour réfugiés dans de si tristes états et de découvrir le peu d’utilisation de l’argent qu’elle avait collecté à cette fin en Grande-Bretagne . Seule, la mise en place d’une organisation d’aide transparente, la SIA (10) la poussa à renouveler ses initiatives pour l’aide aux réfugiés en Grande Bretagne . Mais l’argent devra être consacrée aux projets annoncés.

« Je ne veux pas être comme les autres organisations qui collectent des formidables sommes d’argent et en utilisent la plus grande partie pour leurs dépenses de personnel, les déplacements de leurs propagandistes, etc., n’en laissant qu’un faible pourcentage pour les souffrances de l’Espagne. Je suis sûre que tu ne m’en voudras pas de souligner ce point. On doit avoir une conscience claire pour éveiller l’intérêt des gens, tout particulièrement lorsque l’on attend de l’argent d’eux. »

Dans l’article suivant écrit après son dernier séjour en Espagne (9/12/38), Goldman décrit le programme d’aide social d’urgence anarchiste en plein essor, à travers leur organisation autonome Solidarité Internationale Anti-Fasciste et leur présence au ministère de l’éducation. Elle s’attarde avec enthousiasme sur une colonie d’enfants qu’elle a visité dans les Pyrénées.

« Comme représentante de la section londonienne de la SIA, j’étais bien sûr tenue informée des progrès du travail de nos camarades en Espagne mais ce que j’y ai découvert lors de cette visite dépassait de loin mes attentes. Comme notre Bulletin publie un rapport complet sur les initiatives de la SIA, je ne gaspillerai pas de place pour décrire les résultats extraordinaires obtenus en un an par un petit groupe de personnes dévouées. Il suffit de mentionner ici que des sections de la SIA se sont répandues comme une traînée de poudre à travers l’Espagne loyaliste, s’enracinant dans chaque ville, village et hameau. Partout, le long de la route allant de Barcelone jusqu’à Lerida pour ainsi dire, 250 kilomètres plus loin, des banderoles de la SIA sont déployées de sorte que personne ne peut ignorer son existence. Dix-neuf maisons d’enfants et cantines, où des colonies n’ont pas encore été établies, des restaurants populaires, des logements pour étudiants, des magasins d’approvisionnement en cigarettes, en papier à lettres et en savon pour les différents fronts, des centres de soins pour les miliciens blessés, un hôpital et un dispensaire soignant en moyenne
80 patients quotidiennement, une ambulance avec un équipage de jeunes infirmières qui donnent les premiers soins aux victimes des horribles attaques aériennes quotidiennes, et un tas d’autres choses encore, témoignent des magnifiques réalisations de la SIA. D’autres programmes sont en voie de réalisation, grâce surtout au soutien généreux des sections de la SIA aux États-Unis, en France et en Suède.

Sans vouloir sous-estimer les activités des autres organisations et groupes en Espagne, je dois dire que la SIA se fait remarquer comme une véritable ruche. Notre camarade Lucia Sanchez Saornil, (11) une des écrivaines les plus douées d’Espagne et une organisatrice compétente, avec sa secrétaire que tout le monde appelle par son prénom, Christina, ainsi que Baruta, à la tête du Conseil National de la SIA, entourés d’un personnel composé de jeunes gens actifs, doivent se voir attribuer le mérite de cet énorme travail, financé et réalisé par la SIA. En plus de tout cela, il existe un centre d’aide social, présidé par une camarade très efficace qui a organisé la maternité à Barcelone en 1936 et qui a été son guide spirituel jusqu’à ce printemps.

Et puis il y a les colonies fondées par Segundo Blanco et Juan Puig Elias depuis leur entrée au ministère il y a six mois. Elles sont situées à Sitges, un ancien lieu aristocrate de villégiature sur la côte méditerranéenne. Des colonies hébergeant 2 000 enfants ont déjà été créées et il est prévu d’y installer 20 000 enfants de plus . Il n’y a rien de plus juste que les enfants des classes laborieuses qui ont construit ces logements magnifiques et à qui l’on n’avait jamais permis de les approcher, occupent aujourd’hui les logements, anciens lieux de plaisir des grands d’Espagne et de la bourgeoisie. Les enfants peuvent profiter des lits confortables, prendre leurs repas dans des salles à manger ensoleillées sur des tables couvertes de nappes de lin blanc, apprendre dans des vastes salles de classe claires et aérées, et s’ébattre dans les jardins et sur la promenade qui sépare les logements de la plage. C’était en réalité une fête pour les yeux de voir leurs jeunes et sains appétits rassasiés par une nourriture convenable, consistant en une soupe, légumes, salade et désert, parfois aussi de la viande. La maîtresse de maison, à l’esprit maternel, en charge des enfants, me disait avec une grande jubilation, que quelques miliciens du front avaient envoyé un mouton entier et quelques fruits pour les enfants. C’était loin d’être une exception comme je l’ai appris plus tard. Les miliciens espagnols de différentes divisions, loin d’être sur-alimentés, se débrouillaient néanmoins pour contribuer de toutes les manières possibles aux colonies d’enfants réfugiés.

La visite la plus intéressante à des enfants se déroula au cœur des Pyrénées. Mon excellent guide, le professeur Mawa, m’avait parlé d’une colonie qui se trouvait là, mais il n’avait prudemment rien dit au sujet de la montée abrupte pour y parvenir. Il avait probablement pensé que je n’aurais pas autant souhaité la visiter. En forme de confession, je dois avouer que je fus littéralement tirée au sommet d’une montagne de 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et cela grâce seulement à l’aide du professeur Mawa d’un côté et du jeune fils du camarade Puig Elias de l’autre (12). Une troupe d’enfants chantant à pleins poumons ouvraient la voie. Une autre suivait, avec un cameraman. J’admets que ce fut un exercice éprouvant, mais je n’aurais pas voulu rater cela pour rien au monde.Au sommet de la montagne, nous avons découvert la petite maison d’un paysan et un lopin de terre. Nous fûmes accueillis par une banderole avec inscrit dessus en lettres grasses, le nom de la colonie – MON NOU (Monde Nouveau). Son credo déclare ce qui suit :

Les enfants sont le monde nouveau. Et tous les rêveurs sont des enfants ; ceux qui sont émus par la gentillesse et la beauté ; ceux chez qui palpite dans la poitrine l’amour de la liberté et de la culture et qui se réjouissent du bonheur des autres ; ceux qui sentent battre leur cœur quand ils sont capables de soulager un chagrin ; ceux qui abhorrent la cruauté et gardent en permanence les bras grands ouverts pour la beauté.
Toi qui arrives : Si tu es sincère et que tu as un cœur si grand que ton amour pour un être ne diminue pas tes réserves d’amour et de tendresse envers les autres ; si tu penses que la liberté est le but ultime et que, pour l’atteindre, tu travailles avec enthousiasme pour transmettre le savoir et la culture parmi les petits, entres, s’il te plaît : tu es un enfant.
Toi qui arrives : Si tu as perdu ta foi dans la bonté humaine et ne parviens pas à considérer ton frère comme ton semblable ; si l’égoïsme et l’arrogance ont fermé et endurcit ton cœur ; si l’ingratitude fait partie de ta personnalité, n’entre pas : tu n’es pas un enfant.

Man Nou est en effet, un monde nouveau, non seulement dans son nom mais dans son esprit également. La vie ici est austère et dure, coupée du monde extérieur, mais un nouveau monde est en train de naître péniblement pour ces victimes innocentes de la sauvagerie de Franco, et la mère qui soigne ces jeunes plantes est la compagne de notre camarade Puig Elias. Son nom est Senora Emilia Roca; elle n’est pas seulement la mère , mais aussi la professeur, l’amie et la conseillères des trente enfants sans parents qu’elle a pris sous son aile protectrice.

Issue elle-même d’un milieu paysan, et héritière de la maison ancestrale, Madame Roca l’a transformée en un sanctuaire pour les enfants. Enseignante de profession, elle a abandonné son poste afin de pouvoir se consacrer aux enfants qui avaient le plus besoin d’elle. Sur ces propres fonds et ceux du camarade Puig Elias, elle se débrouille d’une manière ou d’une autre pour nourrir et vêtir ses pupilles. Il est vrai que le gouvernement donne des rations de pain et d’autres provisions, mais en aucun cas suffisantes pour maintenir la santé et la vigueur des trente enfants . . .

Les enfants ont merveilleusement bien oublié leur passé grâce aux soins attentionnés et à la chaude affection de leur nouvelle mère. Ils sont joueurs et folâtres. Ils se baignent dans la piscine qu’elle leur a trouvés, leurs jeunes corps étincelant sous le soleil. Ils donnent en représentation d’adorables danses et chants populaires catalans et espagnols. Le jeune Puig Elias a démontré une grande sensibilité et un grand talent dramatique dans un poème épique qu’il a récité. Le plus petit bout de chou ici n’aurait rien à lui envier. Elle doit aussi divertir les visiteurs étrangers.

La plus grande hilarité jaillit lorsque le cinéaste commença son travail. La surprises des surprises lorsque nous déballâmes nos petits cadeaux, chocolats, cahiers, peinture. Ce fut une journée inoubliable. A la fin, escortés par un groupe d’enfants les plus âgés, le fils de notre camarade ouvrant fièrement la voie à dos de cheval, nous avons pris congé de l’ange gardienne de Man Nou. La descente se révéla aussi ardue que la montée, mais qui s’en préoccupait? Pas moi, qui avaient été plus que comblée par cette journée lumineuse, cette source d’amour et de générosité, la gaîté des enfants et cette vue ravissante de la montagne. »

1. Une répression « anti-révolutionnaire » menée par les communistes qui provoqua les journées de mai à Barcelone et le remplacement de Caballero par Juan Negrin, fut suivit quelques semaines après, par une attaque contre les coopératives rurales anarchistes en Aragon et le Conseil de Défense de la région (semblable à celui qui existait en Catalogne à la fin juillet 1936). Sur les fondements de son « autonomie excessive » et les tendances « subversives » d’éléments « extrémistes », le gouvernement national décréta la dissolution du Conseil, son remplacement par un gouverneur républicain pro-communiste et l’envoi de la 11ème Division du communiste Enrique Lister pour réprimer les comités de défense locaux et les organisations anarchistes.
La (27ème) Division Marx et la 30ème Division (séparatistes Catalan) suivirent avec les mêmes objectifs de destruction, les trois unités attaquant les nombreuses coopératives de paysans et rendant la terre et les équipements aux anciens propriétaires terriens. Les accusations calomnieuses utilisées pour justifier cette campagne furent symbolisées par l’emprisonnement du président du Conseil, l’anarchiste Joaquin Ascaso, sous l’accusation de contrebande de pierres précieuses. Il fut relâché au bout d’un mois, faute de preuves .
En même temps, les comités directeurs de la CNT-FAI ordonnaient aux trois divisions anarchistes du front d’Aragon de renoncer à une contre-offensive. Malgré toutes ces destructions, l’esprit créatif anarchiste continua à aller de l’avant, obligeant le gouvernement lui-même à reconnaître à nouveau temporairement les coopératives pour permettre les plantations et les récoltes vitales.
2. Ce livre sera publié en 1957 sous le titre Nacht Uber Spanien. Plusieurs extraits de ce livre apparaissent dans l’ouvrage de Sam Dolgoff The Anarchist Collectives
3. NDT  personnage d’une pièce de théâtre A Bold Stroke for a Wife (1718) par Susannah Centlivre
4. NDT Peut-être le Cava, qui est un vin effervescent d’appellation d’origine contrôlée produit principalement en Catalogne.
5. NDT  A ce sujet, la comparaison avec le texte Sur le départ de Russie de Mollie Steimer est éloquente.
6. NDT La Escuela Moderna. Mouvement commencé en Espagne par Francisco Ferrer à Barcelone en octobre 1901, et qui comptait plus d’une centaine d’initiatives en 1907
7. NDT Juan Puig Elias (1898-1972) , influencé par Francisco Ferrer a créé la Escuela Natura . Pendant la guerre civile, il est nommé sous-secrétaire au ministère de l’instruction publique. Forcé à l’exil en France, il intègre après la guerre la CNTE où il occupe le poste de secrétaire à la culture et à la propagande . Il part pour le Brésil en 1952.
8. NDT Adolfo Aznar
9. Spain and the World était une publication anarchiste fondée par le Dr Galasso et Vernon Richards pour faire concurrence au News Chronicle et au New Statesman qui soutenaient l’Union Soviétique. Après le premier numéro, Spain and the World devint une publication de Freedom Press. La revue prendra brièvement le nom de Revolt!, puis de War Commentary avant de redevenir une publication de Freedom
10.. Solidarité Internationale Anti-fasciste, organisation créée en 1937 par des anarchistes espagnols pour apporter une aide directe aux femmes et aux enfants réfugiés de guerre. Comme l’a souligné Goldman, la collecte de fonds pour l’aide à destination de l’Espagne venant des pays occidentaux, y compris des États-Unis, était généralement dominée par les communistes qui attribuaient ensuite l’argent et les approvisionnements aux secteurs où les anarchistes n‘avaient que peu d’influence. Les anarchistes espagnols considéraient également la SIA comme une nouvelle possibilité importante de publicité, en encourageant la solidarité de vastes segments du prolétariat international auparavant inconscient de la révolution sociale en Espagne et du rôle qu’y jouaient les anarchistes. En suivant l’exemple d’organisation des sections en Espagne et à Paris, Goldman accepta la responsabilité d’en créer une branche à Londres durant son voyage de l’automne 1937 en Espagne. Elle lança cette initiative publiquement au début 1938.
NDT : En France, le « Comité pour l’Espagne Libre » fut créé lors du congrès de l’Union Anarchiste en octobre 1937 par Lecoin, Faucier, Odéon et Le Meillour. Il prendra le nom de « Solidarité Internationale Antifasciste » à la demande de la CNT-FAI espagnole et publiera un hebdomadaire du même nom à partir de novembre 1938 .
Voir Solidarité Internationale Antifasciste Une organisation « proto-humanitaire » dans la guerre d’Espagne. 1937-1939
11 NDT Voir R&B Introduction à Lucia Sanchez Saornil et Mujeres Libres sur Racines et Branches
12. NDT Elle a 68 ans à l’époque.