Le mouvement collectiviste en Catalogne

Texte original : Emma Goldman on Spain. The Collectivist Movement in Catalonia. The Manchester Guardian 24 décembre 1936

 

Emma Goldman, la célèbre et expérimentée révolutionnaire est arrivée ce soir à Londres venant d’Espagne où, durant les derniers trois mois, elle a visité pratiquement chaque région excepté celles aux mains des rebelles et a étudié en détail le travail constructif réalisé dans toute la Catalogne.

« Je suis venue comme représentante accréditée du gouvernement de Catalogne et de mes propres camarades, les Anarchistes Ibériques et la Fédération Nationale des Travailleurs » a t’elle dit au Manchester Guardian.  » Je suis venue lancer un appel aux personnes avisées d’Angleterre sur trois sujets.Nous voulons des vêtements pour les femmes et les enfants et, si possible, pour les soldats sur le front ; nous voulons des médicaments et nous voulons un soutien moral et financier dans le combat pour la liberté. Il y a actuellement trente mille enfants évacués de Madrid qui doit nourrir sa propre population et le front. Il me semble que les consciences en Angleterre doivent faire plus qu’elles n’ont fait jusqu’à maintenant. Il est vrai que beaucoup a été fait mais cela est insignifiant comparé aux énormes besoins. »

Ressentiment envers l’Angleterre

« La sympathie grandit en Angleterre pour le combat courageux que mènent les hommes et les femmes pour sauver l’Espagne du fascisme et libérer l’Europe de cette menace et de la guerre, mais en Espagne, il existe un grand ressentiment envers l’Angleterre et la France parce que ce sont des pays démocratiques, auxquels on faisait confiance mais qui sont restés passifs à regarder se faire tuer des milliers d’hommes et de femmes innocents: non seulement ils n’ont rien fait pour aider le gouvernement mais ils ont permis qu’une aide soit apportée aux fascistes. »

Emma Goldman ne va pas seulement prendre la parole lors de réunions publiques dans ce pays. Elle va organiser une exposition pour illustrer la guerre à travers des images. Elle possède des images des méthodes de torture employées par les rebelles. Lorsqu’on lui a rappelé qu’il se disait que des atrocités avait été aussi commises par le gouvernement, Emma Goldman a répondu : « Non Monsieur ; il est vrai que du côté gouvernemental, on fusille des personnes que l’on trouve portant des armes mais aucune méthode de torture n’est utilisée. »

Les entreprise collectivistes

Une autre partie de son exposition concerne des usines ainsi que des terres collectivisées sur lesquelles travaillent des paysans, qui l’ont tant impressionnées en Catalogne. Elle dit avoir été particulièrement intéressées par le travail constructif réalisé en Catalogne. C’est la première fois dans l’histoire des révolutions qu’un travail constructif commence immédiatement après le déclenchement de celle-ci, presque en même temps que les combats de rues. Elle a visité presque chaque usine et magasin collectivisé,presque chaque petite ville entre Barcelone et Madrid. Elle a vu fabriquer des voitures, des autocars, des wagons, des vêtements et quantité d’autres choses. Les fermes collectivisées sont exploitées sans coercition des petits agriculteurs propriétaires qui, espère t-on, adhéreront à cette manière de faire lorsqu’ils en réaliseront l’intérêt. L’Espagne fabrique du matériel de guerre mais rien en comparaison des quantités envoyées dans le pays par l’Allemagne et l’Italie.

Emma Goldman pense que, à quelques exceptions près, les journaux anglais ont présenté cette lutte sous un faux jour. Le public britannique devrait avoir conscience, dit-elle, que le peuple espagnol ne se bat pas seulement pour son pays et sa propre liberté mais, qu’en combattant contre le fascisme, il lutte pour le monde entier.

« Je crois que le peuple espagnol, et particulièrement celui de Catalogne, sont déterminés à combattre jusqu’au dernier homme. Ils savent qu’ils peuvent mourir aussi bien sous le fascisme qu’ à la guerre. Il est assez probable que, si Franco entre dans Madrid ou Barcelone, il exterminera tout le monde. Le fascisme triomphant pourrait ne pas durer longtemps. Le peuple espagnol pourrait être réprimé mais ne pourra pas être maintenu soumis. Je ne peux pas imaginer L’Espagne sous une dictature. »

Traduction R&B