Le Rôle des Femmes dans la Révolution Espagnole

Le Rôle des Femmes dans la Révolution Espagnole (p 251 – 260) Extraits de VISION ON FIRE Emma Goldman on the Spanish Revolution David Porter AK Press, 2006 Seconde Edition. Publié avec l »aimable autorisation de David.

Pendant plusieurs années, Goldman a correspondu avec l’anarchiste Max Nettlau sur la question de la libération des femmes. Dans cet extrait d’une lettre du 8/2/35, Goldman situe ses impressions sur les femmes espagnoles (tirées d’un séjour qu’elle a fait en Espagne et de ses expériences américaines) dans le contexte plus large de ces échanges. Cela fournit une introduction concrète pour ses commentaires ultérieurs à la fin des années 1930.

« J’ai reçu ta lettre du 12 janvier. Je suis terriblement désolée de l’avoir blessé. Crois-moi, je n’en avais pas l’intention. Je comprends parfaitement que en faisant référence au « souhait le plus profond » de la femme espagnole d’avoir des nichées d’enfants, tu me taquinais et tu prenais cela sous le ton de plaisanterie. Ceux qui me connaissent plus intimement que toi, cher camarade, savent parfaitement bien que j’apprécie l’humour et que j’en ai un sens considérablement développé moi-même. Comment penses- tu que j’ai survécu à mes combats si cela n’avait pas été le cas? Mais il y a certaines choses qui ne se prêtent pas bien à la plaisanterie. Et l’une d’entre elle est l’idée masculine que les femmes aiment avoir un tas d’enfants. Ne te sens pas blessé à nouveau s’il te plaît lorsque je te dis cela, comme les autres de ton sexe, tu ne connais rien aux femmes. Tu es trop sûr de toi-même. Il faudrait que je parle avec des femmes espagnoles pour creuser la question de la tradition séculaire qui les a enfermé dans une camisole de force sexuelle. Je suis sûre que j’obtiendrai une toute autre image que celle que tu as dépeint d’elles.

Tu m’accuses d’avoir une opinion hâtive et superficielle sur les mères espagnoles après ma courte visite en Espagne. Tu oublies, cher camarade, que j’ai vécu plus de trente cinq ans avec des hommes et des femmes espagnols en Amérique. Il existait un mouvement purement espagnol lorsque que [Pedro] Esteve était en vie. Je connaissais les camarades non seulement à travers les réunions et les manifestations, mais aussi leur vie privée. J’ai assisté leurs femmes pendant leurs accouchements. Et j’avais des relations particulières avec elles et les camarades hommes. Bien avant de me rendre en Espagne, je connaissais les relations entre hommes et femmes espagnols. Tout comme je connaissais les relations entre hommes et femmes italiens Mon séjour en Espagne n’a fait que confirmer ce que j’avais appris pendant de nombreuses années. Et qu’avais-je appris? Que tous les hommes latins traitent encore leurs femmes, ou leurs filles, comme des inférieures, et les considèrent comme de simples machines reproductrices, comme le faisait l’homme des cavernes. Et pas seulement les hommes latins. Mes relations avec le mouvement allemand m’a laissé la même ferme impression. Autrement dit, à l’exception des scandinaves et des anglo-saxons, le plus contemporain, c’est le Vieil Adam avec ses inhibitions envers la femme. Il ressemble à ce que les Gentils sont aux juifs: quand tu grattes un peu la surface, tu découvres un fond d’antisémitisme caché quelque part. Bien sûr, cher camarade, tu appelles cela de « la terrible rigueur et sévérité russe ». En plus du fait que tu sois le seul de mes amis qui ait découvert en moi ce trait de caractère, je souhaite dire qu’il n’en est rien. Lorsque quelqu’un pense sincèrement quelque chose, sa façon de l’exprimer semble « rigoureuse et sévère » Et je ressens très intensément la condition féminine. J’ai assisté à trop de tragédies dans les relations entre sexes; j’ai vu trop de corps brisés et de cerveaux mutilés par l’esclavage sexuelle de la femme pour ne pas avoir ce ressenti ou ne pas exprimer mon indignation envers l’attitude de la plupart d’entre vous, gentlemen.

Malgré toute ton assurance, je dois dire que je n’ai pas réussi à rencontrer la femme qui souhaite beaucoup d’enfants. Cela ne veut pas dire que je nie un instant que la plupart des femmes veulent un enfant, bien que cela a aussi a été exagéré de la part des hommes. J’ai connu un certain nombre de femme, féminines au plus haut point, qui ne possédaient pas ces soi disant traits de caractères innés que sont la maternité ou le désir d’enfant. Elles sont sans doute de exceptions. Mais, comme tu le sais, l’exception confirme la règle. Bon, admettons que chaque femme veut devenir mère. Mais à moins qu’elle ne soit profondément ignorante et de nature exagérément passive, elle ne veut que le nombre d’enfant qu’elle a décidé d’avoir, et, j’en suis sûre, la femme espagnole ne fait pas exception. Certaines habitudes et traditions jouent un rôle déterminant en créant des désirs artificiels qui peuvent devenir une seconde nature. L’église, particulièrement l’église catholique, comme tu le sais, a fait tout ce qu’elle pouvait pour lui faire croire qu’elle devait vivre selon le dicton de Dieu de se multiplier. Mais serais-tu intéressé d’apprendre que parmi les femmes qui se présentent aux consultations pour le contrôle des naissances, les catholiques, malgré l’influence que les prêtres ont sur elles, représentent un très grand pourcentage? Tu peux prétendre qu’en Amérique, elles ont déjà été « infestée par l’horreur des horreurs » de vouloir limiter le nombre des naissances. J’aimerais le vérifier, si il était possible de sensibiliser les femmes espagnoles à travers des conférences sur le contrôle des naissances et ses méthodes. Combien d’entre elles confirmeraient ta conception romantique de ce qu’elles veulent ou la mienne de limitation « artificielle » des naissances? J’ai peur, cher camarade, que tu perdrais ton pari.

Ton interprétation du matriarcat selon laquelle la mère doit garder ses fils accrochés à ses jupes, recevoir leurs salaires, et agir en marraine généreuse en leur donnant de l’argent de poche m’a, pour le moins, beaucoup amusée. Pour moi, cela ne fait que révéler la revanche inconsciente de la femme asservie sur le mâle. Mais cela ne démontre pas la moindre liberté que ce soit de la femme ou de l’homme. Entre outre, le matriarcat représente pour moi plus que ce clivage entre la mère et le fils ou le père et la fille. Dans ces conditions, personne n’est libre . . .

Ces considérations mises à part, c’est la perpétuation du conservatisme de la femme qui a été sans aucun doute un élément important dans la réaction en Espagne, l’effondrement complet de toutes les valeurs en Allemagne et le maintien au pouvoir de Mussolini. On nieras-tu le fait que la première chose que firent les femmes après avoir obtenu le droit de vote fut de voter en faveur de la réaction ?(1) Ou le fait que les femmes allemandes ont été ramenées à leur Kirche et Kinder sans grandes protestations de leur part. Ou encore que les femmes italiennes ont été rejetées au moins cinquante ans en arrière dans leur ancienne condition d’objets sexuels ? Je n’aime pas les femmes américaines. Je sais que la majorité d’entre elles sont encore conservatrices et autant sous l’influence de l’église que dans les pays que j’ai mentionné. Mais j’insiste sur le fait qu’il existe en Amérique une importante minorité de femmes, de femmes évoluées, s’il te plaît, qui combattront jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour les acquis qu’elles ont obtenu, matériels et intellectuels, et pour leur droit à l’égalité avec les hommes. Mais bon, cher camarade, il semble inutile de discuter de ce sujet entre nous. Nous ne serons jamais d’accord. Mais c’est un commentaire sur comment les petites théories combattent les inhibitions. Toi, un anarchiste, croyant à la liberté suprême de l’individu et qui persiste néanmoins à glorifier la femme comme cuisinière et reproductrice de familles nombreuses. Ne vois-tu pas la contradiction de tes positions? Mais les inhibitions et les traditions masculines sont trop profondément enracinées. J’ai peur qu’elles ne survivent longtemps après que l’anarchisme ait été établi . . . .

Je sais que tu es trop généreux pour garder de la rancune très longtemps. Tu ne dois pas être en colère contre moi pour t’avoir traité d’antédiluvien Je ne pensais pas à mal, mais je ne te laisserai aucun répit sur le moindre point de la question de la femme et de son grand désir d’avoir un tas d’enfants. »

Dans cette lettre du 24/4/36 à un camarade, Goldman annonce son premier contact avec le groupe « Mujeres Libres » 2 en Espagne.

« Hier, j’ai reçu une lettre de la camarade Mercedes Comaposada 3 de Madrid me demandant un article pour une revue intitulée Femmes Libres [Mujeres Libres]. Je ne suis pas en mesure d’écrire un article en ce moment mais j’ai répondu par une lettre disant combien j’étais heureuse qu’un tel journal soit publié pour émanciper les femmes espagnoles de leur état de servitude. Sais-tu quelque chose au sujet de cette camarade ? »

Au lieu de son premier séjour dans l’Espagne révolutionnaire (18/11/36) , Goldman informe sa nièce Stella Ballantine du travail nécessaire à faire parmi les femmes et de la difficulté de le réaliser en pleine guerre civile.

« Je sens que mon énergie, au lieu de faiblir, se renforce. Tout particulièrement depuis que je suis arrivée ici et que j’ai vu tout ce qui doit être fait avec les femmes et les enfants en particulier. Tu n’as pas idée de combien tout est primitif dans ce domaine. L’édification des femmes est désespérément nécessaire. Mais nos camarades sont trop absorbées par la victoire dans la guerre antifasciste pour consacrer suffisamment de temps à cette tâche nécessaire. Elles ont commencé, bien sûr. Mais on ne peut pas balayer l’ignorance, les préjugés et les superstitions d’un peuple en quatre mois. Cependant, je serais d’un grand secours , je le sais, et mon aide serait la bienvenue. Mais c’est un problème de langue, en Catalogne, et pas seulement en espagnol mais aussi en catalan. Tu sais combien je me sens paralysée . Il n’y a pas d’autres solutions, je vais devoir partir. »

Elle parle à nouveau de ce travail important à réaliser pour l’émancipation des femmes et de leur relative négligence à ce sujet par le passé, dans une lettre au camarade Harry Kelly le 5/12/36 .

« Tu dois garder à l’esprit que la guerre antifasciste et la reconstruction révolutionnaire ne sont pas les seules tâches colossales auxquelles nos camarades espagnols ont à faire face. Il y a aussi l’éducation et l’émancipation de la femme, une nouvelle approche de l’enfant et des questions courantes de santé ordinaire. Tout cela a été tristement négligé par nos camarades. Peut-être sont-ils obligés de concentrer toutes leurs énergies à la lutte économique et qu’ils ne peuvent pas agir dans tous les domaines. Mais cela ne change rien au statut inférieur de la femme et à l’ignorance déprimante envers les méthodes de soin pour la femme et l’enfant. Ce seul domaine est assez vaste pour s’occuper totalement. Et il en existe d’autres. Oui, je reviendrai en Espagne. »

Quelques jours après, la revue Mujeres Libres publiait cet important appel de Goldman aux femmes espagnoles.

« Les progrès humains sont très lents. En fait, on dit que pour chaque pas en avant qu’a fait la race humaine, elle a reculé de deux pas en arrière vers l’état de servitude auquel elle essaie d’échapper. Cela a pris des siècles pour que l’être humain abandonne sa position prostrée – sa croyance aveugle dans les superstitions de l’église, dans le droit divin des rois et le pouvoir de la classe des maîtres. Cette trinité vicieuse maintient encore son emprise sur des millions de personnes à travers toute notre planète. Néanmoins, elle ne peut plus gouverner d’une main de fer ni jouir d’une totale obéissance au point d’utiliser la torture et la mort, même si cela est encore le cas dans les pays fascistes. Cependant, le fascisme n’est, historiquement parlant, que passager. Et même sous cette peste noire, le grondement de la tempête qui s’annonce s’approche et se fait entendre toujours plus. L’ Espagne est le Waterloo du fascisme, sur toute la ligne. D’un autre côté, il y a le volume toujours croissant des manifestations actives contre les institutions diaboliques du capitalisme à travers le monde entier. Assez étrangement, l’homme ordinaire, si prêt à combattre héroïquement pour sa propre émancipation, est loin de faire de même en ce qui concerne le sexe opposé.

Les femmes, dans de nombreux pays, ont provoqué une véritable révolution envers leur statut social, politique et éthique. Elles ont tant fait pour cela à travers des siècles  de durs combats – après des défaites déchirantes et de tant de moments de découragement, mais pour une victoire en fin de compte.

Malheureusement, cela n’est pas le cas pour les femmes de tous les pays. En Espagne, par exemple, la femme semble encore être considérée comme bien inférieure à l’homme, un simple objet sexuel destiné à sa gratification et la maternité. Cette attitude ne serait pas surprenante si elle ne se trouvait qu’au sein de la bourgeoisie. Mais il est profondément choquant de trouver cette conception antédiluvienne parmi les ouvriers, y compris même parmi nos camarades.

Nulle part ailleurs dans le monde, les idées libertaires n’ont autant pénétré la vie même des travailleurs comme c’est le cas en Espagne. La victoire magnifique de la révolution, née dans les douleurs du combat du 19 juillet, témoigne de l’endurance supérieure des travailleurs espagnols et catalans. On serait endroit de penser que leur amour passionné de la liberté inclut aussi celle des femmes. Loin d’être le cas, la plupart des hommes en Espagne, soit ne semblent pas comprendre le sens réel de la vraie émancipation, ou soit ils le connaissent mais préfèrent garder les femmes dans l’ignorance de sa signification. Le fait est que de nombreux hommes se convainquent que les femmes aiment être maintenues dans une condition inférieure. On dit que les nègres aussi aiment être la possession du maître de la plantation. La vérité est qu’il ne peut y avoir d’émancipation réelle aussi longtemps qu’existe toute forme de domination d’un individu sur un autre ou d’un groupe sur un autre. L’émancipation de la race humaine n’a aucun sens tant qu’un sexe domine l’autre.

Après tout, la famille humaine présuppose les deux sexes. Des deux, la femme est la plus importante parce qu’elle est la porteuse de la race. Et plus son développement sera parfait, plus la race le sera. Ne serait-ce que pour cette raison, cela prouve l’importance de la femme dans la société et les luttes sociales. Mais il existe d’autres raisons.Avant tout, la prise de conscience par la femme qu’elle est est une personnalité de plein droit. Et que ses besoins et aspirations sont toutes autant vitales et importantes que ceux des hommes.

Ceux qui imaginent encore pouvoir garder la femme dans une camisole de force diront sans doute « oui, mais les besoins et aspirations de la femme sont différents parce qu’elle est inférieure ». Cela prouve seulement la limite de l’homme et son arrogance. Sinon, il saurait que ces différences mêmes enrichissent la vie personnelle et sociale. En outre, les réalisations extraordinaires des femmes dans toutes les sphères de la société ont fait taire à jamais les propos calomnieux sur son infériorité. Ceux qui se raccrochent encore à cette idée reçue le font parce qu’ils ne détestent rien de plus que de voir leur autorité remise en question. C’est la caractéristique de toute autorité, que ce soit celle du maître sur l’esclave, ou de l’homme sur la femme. Cependant, partout, la femme échappe à sa cage, partout elle avance à grands pas libérés. Partout, elle prend courageusement sa place dans la lutte pour les transformations économiques, sociales et éthiques. Il est peu probable que les femmes espagnoles échappent encore longtemps à ce courant d’émancipation.

Il en est de la femme comme des ouvriers. Ceux qui veulent se libérer doivent frapper en premier. Les ouvriers de Catalogne, ceux de toute l’Espagne ont porté le premier coup. Ils se sont libérés et ils versent leur sang pour sauver leur liberté.

Maintenant, c’est votre tour, femmes catalanes et espagnoles, de frapper pour briser vos chaînes. C’est votre tour de vous lever, avec votre dignité, votre respect de vous-mêmes, d’assumer fièrement et fermement vos droits en tant que femmes, d’individus libres, d’égales dans la société, de camarades dans la lutte contre le fascisme et pour la révolution sociale. C’est seulement lorsque vous vous serez libérés des superstitions de la religion – l’injustice de la double morale, l’obéissance avilissante et dégradante à un passé mort – que vous deviendrez une force importante dans la lutte antifasciste et la défense de la révolution. Alors, et seulement alors, vous serez capables d’aider utilement à la construction d’une société nouvelle où chaque homme, chaque femme et chaque enfant sera réellement libre. »

Dans une interview publiée le 8/1/37 au sujet de son retour d’Espagne, Goldman évalue les progrès, encore loin d’être suffisants, des efforts pour l’émancipation des femmes .

« Jusqu’à maintenant, on n’a pratiquement pas donné aux femmes l’occasion de beaucoup contribuer à la révolution. Elles ne sont pas suffisamment conscientes et éduquées. Néanmoins, j’ai constaté des évolutions chez elles depuis ma visite en Espagne en 1929. Elles sont beaucoup plus vigilantes et commencent à montrer de l’intérêt pour la lutte sociale.

Oui, très certainement, la femme trouvera sa place dans la société nouvelle, mais cela demande de faire une énorme quantité de travail pour son émancipation. Une fois celui-ci réalisé, la femme prendra une part égale au travail constructif. »

Dans une lettre du 30/3/37 à Jeanne Levey, une anarchiste et amie de Chicago, Goldman commente le rôle de Mujeres Libres dans la lutte des femmes espagnoles.

« . . . Nos camarades femmes à Barcelone publient un journal formidable appelé Mujeres Libre. Elles ont commencé une campagne intensive pour améliorer le statut de leur sexe.Jusqu’en 193, elles avaient un retard de cinquante ans par rapport aux femmes des autres pays d’Europe ou des États-Unis, et dieu sait que ces dernières les femmes ne sont pas encore traitées en égales des hommes. Durant la République qui portait si mal son nom, il y eut quelques avancées mais la majeure partie des femmes restent encore effroyablement plongée dans l’ignorance.
Nos merveilleuses camarades ont été les pionnières de beaucoup de grandes réalisations en Espagne et elles le sont aussi dans leurs efforts pour émanciper et éduquer la grande majorité des femmes espagnoles. Le journal a été lancé par un groupe de femmes universitaires depuis deux ans et qui entreprennent maintenant une campagne intensive. Elles m’ont demandé de les mettre en contact avec des organisations de femmes en Angleterre et aux États-Unis , ce que j’essaie bien sûr de faire. »

Goldman écrit à Ethel Mannin, qui préparait alors un nouveau livre, le 1/10/37 au sujet de ses contacts avec une des femmes les plus en vue dans le mouvement anarchiste espagnol

« C’est seulement pour te faire savoir que j’ai eu une discussion avec une des femmes anarchistes les plus compétentes qui est réellement une historienne de mouvement révolutionnaire espagnole 4. Elle est dans le mouvement depuis 55 ans, a maintenant 72 ans et a connu la grande révolutionnaire anarchiste [Teresa] Claramunt qui semble avoir été la Louise Michel espagnole. Elle a promis de préparer quelques documents à ton intention pour la semaine prochaine. Je te les enverrai aussitôt. Ils arriveront peut-être trop tard pour que tu les utilises, mais cela te montrera au moins que je n’ai pas oublié ma promesse. »

Goldman apporte plus de détails concernant l’origine et les activités de Mujeres Libres dans un article pour publication (4/3/38), lors de son second séjour en Espagne révolutionnaire.

« Madrid est le lieu de naissance de Mujeres Libres. C’est là qu’un groupe de femmes universitaires dont notre camarade Mercedes Comaposada, a commencé la publication d’une revue du même nom, consacrée à l’émancipation des femmes espagnoles. Le siège du journal a été ensuite transféré à Barcelone , mais quelques -unes des fondatrices, aidées par un personnel composé de jeunes femmes, continuent leur travail à Madrid.; Et c’est un formidable travail.

Les Mujeres Libres, parmi d’autres tâches, s’occupent de visiter les blessés dans les hôpitaux, d’inspecter les écoles des enfants et de distribuer une somme considérable de documentation parmi la population civile pour lui faire connaître les objectifs et l’importance de la lutte antifasciste. Elles donnent des cours aux enfants et aux adultes qui englobent toutes sortes de sujets, incluant des cours de conduite. Les camarades nous ont dit fièrement que plusieurs d’entre elles avaient passé avec succès l’examen et avaient le permis. Il y a aussi des cours de langues.

Et puis il a le groupe « Prosperidad » qui a 90 adhérentes et qui est affilié avec M.L. Il comprend des déléguées de différentes fédérations locales ; Maria Teresa est parmi les plus actives d’entre elles , et en même temps directrice de l’école, sans compter tous les autres efforts fait pour la prise de conscience et l’émancipation des femmes espagnoles et l’éducation des enfants , particulièrement ceux qui sont devenus orphelins par la grâce chrétienne de Franco. Elles tiennent un rôle important pour élever le niveau intellectuel et physique des femmes espagnoles, maintenues en esclavage depuis tant de siècles, et particulièrement dans leurs soins attentifs aux enfants. On ne pourrait prêter aucune attention plus chaleureuse à ses propres enfants que celle apportée par les camarades de Mujeres Libres aux innocentes victimes de Franco. J’ai été particulièrement émue par des enfants de deux à dix ans, rassemblées dans une salle transformée en cinéma, et qui étaient fascinés par chaque projection de Mickey Mouse, de contes de fées et des sagas de Grimm et d’Anderson. »

1. Élections législatives de novembre 1933, qui marquèrent un recul des républicains.

2. Voir aussi Séparées et égales » ? Mujeres Libres et la stratégie anarchiste pour l’émancipation des femmes
3. Mercedes Comaposada Guillen (1901 – 1994) Fille de l’écrivain et militant socialiste José Comaposada. Membre de la CNT. Collaboratrice à de nombreuses revues et journaux comme Tierra y Libertad . Une des fondatrices du groupe Mujeres Libres à Madrid.

4. Probablement Soledad Gustavo, la mère de Federica Montseny.

Traduction R&B

Voir aussi Emma Goldman et Mujeres Libres