Agitation en voyage. 1

Texte original : Agitation en Voyage Mother Earth. Vol. 10, n°4. Juin 1915.

Six villes, vingt réunions publiques, 7 000 personnes, tout cela en trois semaines. Quelle vie en panorama pour celui qui vit intensément et dangereusement. Une telle vie ne laisse assurément aucune place à la monotonie, ni non pluspour le repos mental et physique dans ce tourbillon fou

Pour l’observateur qui peut s’asseoir et regarder la scène, cela semble si facile, si naturel, un métier si enviable. Pauvre public! Pauvres agitateurs! Se comprendront-ils jamais?

Philadelphie. L’ombre de Voltairine De Cleyre! Elle y a travaillé, ô combien, pendant plus de 15 ans ! Mais, sauf en pensant que les résultats ne peuvent être mesurés que dans le long terme, Voltairine n’aurait peut-être jamais gaspillé sa précieuse énergie en voyant ce qu’elle a laissé derrière elle à Philadelphie. Nulle part une trace de ses œuvres, de son grand zèle et dévouement. Ses vieux compagnons sont morts, physiquement ou moralement. Les nouveaux sont préoccupés par des questions de peu d’importance et par des petites revendications. Cependant, Philadelphie est un sol fertile.

Une personne isolée, notre camarade J. Bowman, a organisé notre réunion publique.Il a travaillé contre vents et marées mais il l’a fait courageusement. Encore que la réunion en anglais aurait été foutue si notre amie Stella Comyn n’avait pas pris en main la publicité à la onzième heure. Elle a sauvé la situation. Cinq cent personnes ont assisté à la conférence sur Billy Sunday 1.Leur enthousiasme a prouvé que Philadelphie offre des possibilités malgré Billy.

La réunion en yiddish sur la limitation des naissances a attiré une audience de 1 200 personnes malgré une pluie battante.Cela aurait pu être beaucoup mieux lors des deux réunions si Bowman n’avait pas été seul.Mais nous reviendrons à Philadelphie, ne serait-ce que pour raviver la mémoire de Voltairine De Cleyre.

Un siège du gouvernement n’est jamais un sol fertile pour les idées révolutionnaires. Par conséquent, nous n’attendions pas beaucoup de la fabrique de la vie politique américaine, Washington D. C, mais nous avons été surpris. Dix sept ans auparavant, j’avais donné une conférence à Washington devant la German Free Thought Society. Robert Reitzel, l’invincible, avait grandement contribué à ma venue Grâce à lui, j’avais connu des soirées inoubliables au Fritz Reuter Hotel avec des amis, du vin et des chants.

Il y a six ans, une association juive m’avait invitée; mais j’avais été chassée par la police. Trois ans plus tard, Ben Reitman a essayé d’organiser une réunion mais la police s’est interposée de nouveau. Le vieux grand Reitzel n’est plus. Tout comme le Fritz Reuter Hotel. A la place, il y a l’esprit de la jeunesse et l’audace que rien ne peut juguler Deux camarades adorables, Anna Wexler et son ami Rappoport, aidés par le Liberal Discussion Club et avec la coopération de Lillian Kisliuk et Phil Dinowitzer, ont rendu la réunion possible. Ils ont démontré, avant tout, que l’idéalisme n’exclut pas nécessairement le talent. Chaque détail a été soigné, chaque disposition pour le succès prise.

Les réunions ont été des plus enthousiasmantes. Nos amis l’étaient encore plus. Leur esprit, leur prévenance, leur solidarité et leur vivacité étaient comme une brise printanière rajeunissante et revitalisante — un séjour à se souvenir longtemps. Il y a toujours un côté comique, ainsi que beaucoup de galères, dans notre travail. A Washington, la comédie a eu pour origine non pas les autorités mais un socialiste catholique, du nom de Mahoney. Il a fait des efforts énormes pour empêcher nos réunions — d’abord en terrorisant les gens dans la salle puis en appelant la police pour les interrompre. Comme nous étions partis, il s’est lancé lui-même dans un discours selon lequel, si il avait compris la conférence sur le contrôle des naissances, il voulait voir Emma Goldman arrêtée. Par justice envers beaucoup de socialistes de Washington, il faut dire qu’ils ont été dépités par leur camarade catholique.

Nous reviendrons à Washington à l’automne prochain rejoindre nos chers et magnifiques camarades pour une campagne énergique et méthodique. La fabrique de la vie politique, mais aussi les Mahoney, ont besoin de notre éducation .

Une réunion en yiddish à Baltimore, organisée par le camarade Leon Maimed en 24 heures a démontré les possibilités dans cette ville. Nous ne la négligerons plus aussi longtemps.

Pittsburgh. Une magnifique réunion a été organisée par un groupe d’anarchistes, avec, pour aider, notre bon ami Jake Margolis et quelques autres. Le public a été très enthousiaste. En conséquence de quoi, nos camarades ont décidé de consacrer à Pittsburgh une grande partie de notre tournée l’automne prochain. Mon séjour a été court mais plaisant parmi nos amis. La seule ombre au tableau était l’absence de notre brave camarade, Walter Loan, qui est en prison pour le crime d’être loyal et sans compromission.

Cleveland s’est révélée meilleure en d’autres occasions. C’est une ville difficile à réveiller et le seul homme capable de le faire Ben Reitman, n’était pas à Cleveland cette fois. Le camarade Shaefer, bien que faisant preuve de bonne volonté, ne pouvait pas faire tout le travail. Mais le séjour à Cleveland en valait tout de même la peine, notamment la conférence en Yiddish sur le drame qui a été reçue avec grand intérêt.

Chicago est resté fidèle à son passé. Les réunions du samedi ont largement dépassé nos espérances. Au moins quatre cents personnes ont été refusées lorsque j’ai parlé du contrôle des naissances alors que celles qui avaient pu entrer dans le Fine Arts Assembly Hall l’emplissait au delà de sa capacité. Le soir de la conférence sur l’homosexualité Chicago a subi un véritable déluge.Néanmoins, un large public a bravé la tempête. L’assistance pendant les soirs sur semaine n’a pas été très nombreuse mais intéressante.Les trois réunions en yiddish l’ont été également.

Le travail préliminaire a été effectué presque entièrement par Ben Reitman, qui m’y a précédé de deux semaines.Cependant, plusieurs de nos fidèles camarades l’ont aidé,parmi lesquels le groupe de Little Review, Susanka, Bernstein, Sarah Aulafsky, Swedge et Appel. La semaine à Chicago a été extraordinaire. Tant de nouveaux visages, de nouvelles impressions, de nouveaux espoirs ont défilé rapidement devant nos yeux!

Maintenant, le Golden West, Minneapolis, Denver, Los Angeles. Nous serons dans la Cité des Anges du 5 au 30 juin au Burbank Hall, 542 South Main Street. Les conférences auront lieu aux dates suivantes : – 6 juin , 15H et 20H. 8, 9, 12, 13 juin, (après-midi et soirée) 15, 16, 18, 19, 20 juin, (après-midi et soirée), 22, 23, 25, 26 27 juin (après-midi et soirée) 29 et 30 juin. Les camarades de Comrades in Californie, Oregon, et Washington qui souhaitent des dates me le communiqueront , A l’attention de .. Burbank Hall, Los Angeles. Après Los Angeles, San Francisco, où nous espérons commencer le 1er juillet.

NDT :

1. William Ashley Sunday (1862 – 1935) Ancien joueur de base-ball devenu prêcheur évangéliste. Pas vraiment un ami de Goldman.

Traduction R&B