Le scandale de San Diego

Texte original : Outrage at San Diego Mother Earth Vol 7, n°4 (Juin 1912) Source Red Emma Speaks, p.322

San Diego, Californie a toujours joui d’une grande liberté d’expression. Les anarchistes. Les socialistes, les membres des I.W.W, comme les sectes religieuses ont eu l’habitude de parler ouvertement à de larges foules. Puis les autorités municipales de San Diego ont voté un décret rompant avec cette vieille habitude. Les anarchistes et les I.W.W ont commencé un combat pour la liberté d’expression avec, pour résultat, quatre-vingt quatre hommes et femmes jetés en prison. Parmi eux, E. E. Kirk, qui m’a défendu à San Francisco en 1909 ; Mrs. Laura Emerson, une femme rebelle bien connue et Jack Whyte, un des hommes les plus intelligents des I.W.W en Californie. 1

Lorsque je suis arrivée avec Ben [Reitman] à Los Angeles en avril [1912], San Diego était en proie à une véritable guerre civile. Les patriotes, connus sous le nom de Vigilantes, avaient transformé la ville en champ de bataille. Ils frappaient, matraquaient et tuaient des hommes et des femmes qui croyaient encore en leurs droits constitutionnels. Des centaines d’entre eux étaient venus de tout le pays à San Diego pour participer à la campagne. Ils avaient voyagé en wagons de marchandises, sur les tampons ou les toits des trains, risquant leur vie à chaque instant, mais soutenus par la sainte quête de la liberté d’expression, pour laquelle leurs camarades emplissaient déjà les prisons.

Les Vigilantes avaient attaqué le quartier général des I.W.W, brisé le mobilier et arrêté un grand nombre d’hommes qui s’y trouvait Ils furent emmenés à Sorrento dans un endroit où un mât avait été érigé. Là, les I.W.W. Furent obligés de s’agenouiller, d’embrasser le drapeau et de chanter l’hymne national. Pour les inciter à s’exécuter plus rapidement, un des Vigilantes les frappait dans le dos, ce qui était le signal d’un passage à tabac général. Après quoi, ils firent monter les hommes dans des voitures pour se rendre à San Onofre, près de la frontière de l’état, les enfermèrent dans des parcs à bestiaux sous la surveillance de gardes armés, où ils restèrent dix huit heures sans boire ni manger Le lendemain matin, ils furent sortis par groupes de cinq et roué de coups.Comme ils passaient entre la double ligne formée par les Vigilantes, ils étaient frappés à coups de matraques et de bâtons. Puis l’épisode d’embrassades du drapeau fut répété,après quoi on leur dit de déguerpir et de ne jamais revenir. Ils ont atteint Los Angeles après une marche de plusieurs jours, endoloris, affamés, sans un sou et dans une condition physique déplorable.

Plusieurs hommes des I.W.W ont perdu la vie dans cette lutte, où la police locale était du côté des Vigilantes. Le meurtre le plus brutal fut celui de Joseph Mikolasek, mort le 7 mai. Il était parmi les rebelles qui avaient essayé de combler le vide laissé par l’arrestation de leurs orateurs. Il fut attaqué par la police lorsqu’il monta sur l’estrade. Il se traîna avec difficulté jusqu’aux locaux des socialistes, puis, de là, jusqu’à chez lui. Il avait été suivi par des policiers qui l’agressèrent à son domicile. L’un deux ouvrit le feu et le blessa grièvement. Dans un geste d’auto-défense, Mikolasek avait saisi une hache mais son corps fut criblé de balles avant qu’il n’ait l’occasion de la lever sur ses assaillants .

J »ai donné une conférence à San Diego à chacune de mes tournées sur la côte. Nous avions projeté, cette fois encore, des réunions publiques une fois remplis nos engagements à Los Angeles. Les informations qui nous parvenaient de San Diego et l’arrivée de nombreuses victimes des Vigilantes nous ont décidé d’y partir aussitôt . Nous pensions qu’il était impératif, surtout après le meurtre de Mikolasek, de continuer la lutte pour la liberté d’expression menée là-bas. Mais d’abord, il était nécessaire d’organiser l’aide pour les hommes en détresse qui avaient échappé à leurs tourmenteurs et qui nous étaient arrivés en vie. Avec le soutien d’un groupe de femmes, nous avons organisé un centre de distribution de repas dans les locaux des IW.W. Nous avons collecté des fonds lors de mes réunions publiques et des vêtements et de la nourriture auprès de commerçants sympathisants.

San Diego ne se satisfaisait pas du meurtre de Mikolasek ; On ne lui permit même pas d’y être enterré. Nous avons donc fait expédier son corps à Los Angeles et avons préparé une manifestation publique en son honneur. Joseph Mikolasek était resté dans l’ombre et inconnu durant sa vie, mais il a acquis une stature nationale dans la mort. Même la police de la ville fut impressionnée par la taille, la dignité et ladouleur de la foule qui a suivi sa dépouille jusqu’au crematorium.

Quelques camarades avaient entrepris d’organiser une réunion publique à San Diego et j’ai choisi un sujet qui me semblait exprimer le mieux la situation – Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen.

A notre arrivée à la gare, nous y avons trouvé une foule dense. Cela ne m’est pas arrivé souvent qu’une réception me soit destinée; j’ai pensé que l’on attendait quelque personnalité. Nous devions être attendus nos amis Mr. et Mrs. E. E Kirk, mais nous ne les voyions nulle part et Ben a suggéré que nous nous rendions au U.S Grant Hotel. Nous sommes passés inaperçus et avons monté dans le car de l’hôtel. Il faisait chaud et étouffant à l’intérieur et nous sommes montés au niveau supérieur. A peine assis, quelqu’un a crié: « Là voilà, c’est la Goldman!  » Le cri fut immédiatement repris par la foule. Des femmes habillées à la mode criaient « Nous voulons cette meurtrière anarchiste ! » En un instant, il y eut une ruée vers le car, des mains essayant de me tirer en bas. Avec une grande présence d’esprit, le chauffeur a démarré à toute vitesse, éparpillant la foule dans toutes les directions.

A l’hôtel nous n’avons rencontré aucune difficulté. Nous avons rempli le formulaire et on nous a montré nos chambres. Tout semblait normal.Mr. et Mrs Kirk nous ont appelé pour nous voir et nous avons discuté des derniers détails concernant la réunion publique. Dans l’après-midi, le réceptionniste est venu nous annoncer que les Vigilantes avaient insisté pour regarder le registre pour connaître le numéro de nos chambres ; il devait donc nous transférer dans une autre partie de l’hôtel. On nous conduisit au dernier étage dans une vaste suite. Plus tard, Mr. Holmes, le directeur, nous a rendu visite. Nous étions totalement en sécurité sous son toit, nous a t’il assuré, mais il ne nous pouvait pas nous autoriser à descendre prendre nos repas ou quitter nos chambres. Il devait nous garder enfermés. J’ai protesté en disant que le U.S. Grant Hotel n’était pas une prison. Il ne pouvait pas nous garder à l’intérieur contre notre volonté, a t’il répondu, mais tant que nous étions les hôtes de l’hôtel, nous aurions à nous soumettre à ces dispositions pour notre sécurité. « Les Vigilantes sont de très mauvaise humeur, » nous prévint-il ; « ils sont fermement décidés à vous empêcher de parler et de vous expulser de la ville ». Il nous a incité à partir de notre propre gré et s’est proposé pour nous escorter. C’était un homme gentil et nous avons apprécié son offre mais nous devions la refuser.

Mr. Holmes était à peine parti lorsque j’ai reçu un appel téléphonique. Mon interlocuteur a dit s’appeler Edwards, être à la tête du Conservatoire de musique et avoir vu dans les journaux que le gérant de la salle prévue pour la réunion avait fait marche arrière. Il nous offrait la salle de concert du conservatoire « Il semble qu’il existe encore quelques hommes courageux à San Diego, » ai-je dit à la mystérieuse personne à l’autre bout du téléphone, et je l’ai invité à venir me voir et discuter de ce plan. Peu de temps après, un bel homme d’environ vingt-sept ans s’est présenté. Au cours de la conversation, je lui ai fait remarquer que je pouvais lui attirer des ennuis en prenant la parole dans sa salle. Il a répondu que cela n’avait pas d’importance ; il était anarchiste dans le milieu artistique et il croyait dans la liberté d’expression. Si je voulais prendre le risque,il le ferait aussi. Nous avons décidé d’attendre de voir la tournure que prendraient les événements.

Vers le soir, un concert de klaxons et de coups de sifflets envahit la rue. « Les Vigilantes! « a crié Ben. Un coup a été frappé à la porte et Mr. Holmes est entré, accompagné par deux hommes. Les autorités de la ville me demandaient en bas m’ont-ils dit. Ben sentait un danger et a insisté pour que je demande que les visiteurs montent. Cela m’a semblé exagéré. Il était encore tôt dans la soirée et nous étions dans l’hôtel principal de la ville Que pouvait-il nous arriver? Je suis descendue avec Mr. Holmes, Ben nous accompagnait. En bas, on nous a introduit dans une pièce où sept hommes se tenaient en demi-cercle. On nous fit asseoir et attendre le chef de la police,qui arriva peu après. « Venez avec moi, s’il vous plaît « me dit-il , »le maire et d’autres élus vous attendent à côté. » Nous nous sommes levés pour le suivre mais le chef dit, en se tournant vers Ben, » Votre présence n’est pas souhaitée, docteur. Il vaut mieux attendre ici. »

Je suis entrée dans la pièce, emplie d’hommes. Les rideaux étaient en partie fermés mais les lumières des rues dévoilaient une foule agitée dehors. Le maire s’est approché de moi. « Vous entendez cette foule, »dit-il en me montrant la rue,  » C’est le problème. Ils veulent vous faire sortir, ainsi que Reitman de cet hôtel, par la force si besoin. Nous ne pouvons rien vous garantir. Si vous consentez à partir, nous vous protégerons et vous ferons quitter la ville en toute sécurité. »

« C’est très gentil à vous » ai-je répondu, « mais pourquoi ne dispersez-vous pas la foule? Pourquoi n’utilisez-vous pas envers ces gens les mêmes méthodes que envers les partisans de la liberté d’expression? Votre décret qualifie de délit le fait de se rassembler dans le quartier des affaires. Des centaines de I W.W, d’anarchistes, de socialistes et de syndicalistes ont été matraqués et arrêtés, certains même tués, pour cette infraction. Mais vous permettez à une foule de Vigilantes de se rassembler dans le quartier le plus commercial et d’obstruer la circulation. Tout ce que vous avez à faire est de disperser ces hors-la-lois. »

« Nous ne le pouvons pas, » répondit-il « ces gens sont d’humeur dangereuse et votre présence rend la situation encore plus difficile. »

« Très bien, alors laissez-moi parler à la foule. Je pourrai le faire d’une fenêtre. J’ai déjà été confrontée à des hommes en colère et j’ai toujours été en mesure de les calmer. »

Le maire refusa.

« Je n’ai jamais accepté la protection de la police, » dis-je ensuite « et je n’ai pas l’intention de le faire maintenant. Je vous accuse tous ici d’être de mèche avec les Vigilantes. »

Sur ce, les élus déclarèrent que les choses devraient suivre leur cours et que je ne devrais m’en prendre qu’à moi-même si elles tournaient mal.

L’entretien terminé, je suis retourné voir Ben. La pièce où je l’avais laissé était fermée.J’étais inquiète et j’ai martelé la porte.Il n’y eut aucune réponse. Le bruit a attiré un employé de l’hôtel qui a ouvert la porte et la pièce était vide. J’ai couru en bas et uis tombée sur le chef de la police qui partait.

« Où est Reitman ? » lui ai-je demandé. »Qu’avez-vous fait de lui? Si il lui est arrivé quelque chose, vous le payerez, dussé-je le faire de mes propres mains. »

« Comment le saurai-je? » répondit-il, d’un ton bourru.

Mr.Holmes n’était pas dans son bureau, et personne ne me dirait ce qu’il était advenu de Ben Reitman. Je suis retournée, consternée, dans ma chambre. Ben ne revenait pas. En plein désarroi, je faisais les cents pas,incapable de décider de la marche à suivre ou à qui m’adresser pour retrouver Ben.Je ne pouvais appeler personne qu je connaissais dans la ville sans la mettre en danger, encore moins Mr. Kirk; il avait été déjà mis en examen dans le cadre de la lutte pour la liberté d’expression. Sa femme et lui avaient été courageux de nous rencontrer; j’étais certaine d’aggraver son cas. Le fait que les Kirk ne soient pas revenus comme ils l’avaient promis prouvait qu’ils étaient tenus à l’écart.

Je me sentais impuissante. Le temps passait et, à minuit, je suis tombée de fatigue. J’ai rêvé de Ben, ligoté et bâillonné, ses mains tendues vers moi. Je luttais pour l’approcher et me suis réveillée en criant, trempée de sueur. J’entendis des voix puis des coups sourds sur la porte. Lorsque j’ouvris, le détective de l’hôtel et un autre homme entrèrent. Reitman était sain et sauf, me dirent-ils. Je les regardais, hébétée, comprenant à peine le sens de ces paroles. Ben avait été emmené par les Vigilantes, expliquèrent-ils, mais il ne lui avait été fait aucun mal.Ils l’avaient mis dans un train pour Los Angeles. Je ne croyais pas le détective mais l’autre homme semblait honnête. Il répéta qu’on lui avait donné l’assurance que Reitman était sain et sauf.

Mr.Holmes est arrivé. Il confirma ce qu’avait dit l’homme et me demanda d’accepter de partir. Je n’avais plus de raisons de rester plus longtemps en ville, me dit-il, je ne serai pas autorisée à parler et je ne faisais que le mettre en danger. Il espérait que je ne tire pas avantage du fait d’être une femme. De toute façon, si je restais, les Vigilantes m’expulseraient de la ville.

Mr. Holmes semblait sincèrement inquiet. Je savais qu’il n’y avait aucune chance d’organiser une réunion publique. Maintenant que Ben était en sécurité, cela n’avait plus aucun sens de tourmenter davantage Mr. Holmes. J’ai accepté de partir, prévoyant de prendre The Owl, le train de 14H45 pour Los Angeles. J’ai appelé un taxi qui m’a conduite à la gare. La ville était tranquille, les rues désertes.

Je venais juste d’acheter un billet et je marchais vers la voiture Pullman lorsque j’ai perçu le bruit d’autos qui approchaient – le bruit effrayant que j’avais d’abord entendu à la gare et plus tard à l’hôtel. Les Vigilantes, bien sûr.

« Dépêchez-vous, dépêchez-vous! Entrez vite!  » cria quelqu’un

Avant d’avoir pu faire un pas de plus, je fus empoignée, portée jusqu’au train et jetée littéralement dans un compartiment. Les rideaux étaient tirés et j’étais enfermée. Les Vigilantes étaient là et courraient d’un bout à l’autre du quai, criant et essayant de monter à bord du train. Les employés montaient la garde et les en empêchaient. Il y avait des hurlements furieux et des jurons – des moments affreux et terrifiants jusqu’à ce que le train démarre enfin.

Nous nous sommes arrêtés dans d’innombrables gares. A chaque fois, je regardais désespérément dans l’espoir que Ben m’y attende. Mais il n’y avait aucun signe de lui. Lorsque je suis arrivée à l’appartement à Los Angeles, il n’était pas là. Les hommes m’avait mentis au U.S.Grant Hotel afin quer je quitte la ville!

« Il est mort! Il est mort! Ils ont tué mon homme! »

J’ai essayé en vain de chasser cette horrible pensée. J’ai appelé le Los Angeles Herald et le San Francisco Bulletin pour les informer de la disparition de Ben. Les deux journaux condamnaient sans réserve le règne de terreur des Vigilantes. L’esprit qui guidait le Bulletin était incarné par Mr. Fremont Older, peut-être le seul homme de la presse capitaliste assez courageux pour plaider la cause du monde ouvrier. Il avait mené un combat courageux pour défendre les frères McNamara. L’humanité de Mr. Older avait créé une attitude nouvelle sur la côte envers les voyous sociaux. Depuis la lutte de San Diego, il avait mené des attaques audacieuses contre les Vigilantes. Mr Older et l’éditeur du Herald promirent de faire tout leur possible pour retrouver Ben.

A dix heures, j’ai reçu un appel téléphonique longue distance. Une voix bizarre m’informait que le Dr. Reitman était à bord du train pour Los Angeles et qu’il arriverait en fin d’après-midi. « Ses amis devront apporter une civière à la gare. » « Est-il en vie? Dites vous la vérité? » J’écoutais, le souffle coupé, mais il n’y eut pas de réponse.

Deux heures passèrent en se traînant, comme si la journée ne devait pas avoir de fin.L’attente à la gare fut encore plus insupportable. Le train arriva enfin. Ben était étendu, recroquevillé, dans un wagon en queue de train. Il portait une salopette bleue, le visage mortellement pâle, le regard terrifié. Il avait perdu son chapeau et ses cheveux étaient enduits de goudron. A ma vue, il cria : »Oh, Mama, te voilà enfin! Emmène-moi, ramène-moi chez nous! »

New York Times 16 mai 1912

Les journalistes le harcelaient de questions, mais il était trop fatigué pour répondre Je leur ai demandé de le laisser tranquille et de m’appeler plus tard à l’appartement.

En l’aidant à se déshabiller, j’ai été horrifiée en voyant que son corps était couvert de bleus et de taches de goudrons. Les lettres I.W.W avaient été gravées au feu dans sa chair. Ben était incapable de parler, seuls ses yeux essayaient de me communiquer ce qu’il avait enduré. Après s’être restauré un peu et avoir dormi quelques heures, il reprit quelques forces. En présence de quelques amis et journalistes, il nous a raconté ce qui lui était arrivé.

« Quand Emma et le directeur de l’hôtel ont quitté le bureau pour aller dans une autre pièce, je suis resté seul avec sept hommes. Aussitôt la porte refermée, ils ont sorti des revolvers. « Si tu prononces une parole ou fait un mouvement, on te tue » m’ont ils menacé. Puis ils se sont regroupés autour de moi.Un homme m’a saisi le bras droit, un autre le gauche; un troisième tenait le pan de mon manteau par devant et un autre par derrière et je fus conduit dans le couloir, descendu par l’ascenseur au rez-de-chaussée de l’hôtel, dans la rue devant un policier en uniforme puis jeté dans une voiture. Lorsque la foule m’a vu, elle a poussé un hurlement. La voiture a roulé lentement dans la rue principale et a été rejointe par une autre, avec plusieurs personnes à son bord qui ressemblaient à des hommes d’affaires. Il était environ vingt-deux heures trente. Le trajet de vingt miles fut effrayant. Dès que nous sommes sortis de la ville, ils ont commencé à me frapper. Chacun leur tour, ils me tiraient les cheveux et m’enfonçaient les doigts dans les yeux et le nez . « On pourrait t’arracher les couilles » m’ont-ils dit, « mais on a promis au chef de la police de ne pas te tuer. Nous sommes des hommes responsables, des propriétaires fonciers et la police est de notre côté » Quand nous sommes arrivés à la frontière de l’état, ils ont arrêté la voiture dans un endroit désert. Les hommes ont formé un cercle et m’ont dit de me déshabiller. Ils ont arraché mes vêtements. Ils m’ont fait tomber et quand j’ai été étendu nu sur le sol, ils m’ont frappé jusqu’à ce que je devienne presque insensible. Avec un cigare allumé, ils ont inscrit les lettres I.W.W; puis ils ont versé une boîte de goudron sur ma la tête et, à défaut de plumes, m’ont frotté le corps avec de la sauge. L’un d’entre eux a essayé de m’introduire une canne dans le rectum. Un autre m’a tordu les testicules. Ils m’ont forcé à embrasser le drapeau et à chanter le The Star-Spangled Banner. Quand ils en ont eu marre de jouer, ils m’ont rendu mes sous-vêtements de peur que nous rencontrions une femme. Ils m’ont aussi redonné ma veste pour que je puisse avoir mon argent, mon billet de train et ma montre. Ils ont gardé le reste de mes vêtements. Ils m’ont donné l’ordre de faire un discours puis je fus passé à tabac. Les Vigilantes se sont placés sur une double ligne et comme je passais entre eux, ils me frappaient tour à tour. Puis ils m’ont laissé partir. »

L’exemple de Ben n’est qu’un parmi d’autre depuis que la lutte a commencé à San Diego, mais il a contribué à attirer davantage l’attention sur la scène de sauvagerie.


NDT

1. Sur la lutte pour la liberté d’expression à San Diego, voir, par exemple The I.W.W. Free Speech Movement: San Diego, 1912 The Journal of San Diego History Hiver 1973, Volume 19, N°1 ; et A Fight for Free Speech in San Diego Davey Jones

Traduction R&B