Aux camarades et amies sur le continent nord-américain

Texte original : To comrades and friends on the north american continent

Comme vous le voyez, je suis maintenant très proche de vous, aux États-Unis, et cependant encore très loin. Heureusement, il n’existe pas de frontières spirituelles à la force omniprésente de la camaraderie et de la solidarité. Par conséquent, je me sens très proche de vous en dépit de la séparation arbitraire de la frontière. Je suis certaine que vous vous sentez aussi proche de moi.

Cela fera exactement un demi siècle, le 15 août 1939 que j’ai rejoint nos rangs et entrepris le combat pour l’anarchisme. Loin de le regretter, je peux dire, honnêtement, que je suis plus convaincue en août 1939 de la logique et de la justice de notre idéal. Nous avons certes traversé une période de réaction la plus noire dans chaque pays. Les fascistes, les prétendues démocraties, et même la « patrie des travailleurs », se concurrencent les uns les autres pour forger les chaînes de l’esclavage politique et économique et pour détruire complètement l’individu.

Un seul pays et un seul peuple ont essayé de traduire en action la pensée et les idées anarchistes. C’est l’Espagne et le peuple espagnol. Par leur lutte héroïque contre le fascisme et pour la défense de la révolution espagnole, encore plus par leur magnifique travail constructif, ils ont fait taire l’affirmation que l’anarchisme est une idée floue, totalement impraticable et qui ne sera jamais réalisée. Si ils ont été vaincus en fin de compte, ce fut entièrement dû au complot des démocratie et de la Russie Soviétique pour écraser à tout prix la révolution espagnole. Le prolétariat international n’est pas moins coupable. Par son obéissance passive à des dirigeants à la sympathie peu enthousiaste envers l’Espagne, il a trahi ses frères espagnol et a donc aidé Franco à vaincre les glorieux débuts en Espagne.

Oui ! Franco a vaincu la révolution espagnol mais il n’a pas conquis les ouvriers et les paysans espagnols de la Confédération Nationale du Travail, de la Fédération Anarchiste Ibérique et de la Fédération Ibérique de la Jeunesse Libertaire. Forcés de fuir la douce indulgence de Franco, soumis aux traitements les plus barbares dans les camps de concentration français, nos camarades espagnols continuent à être imprégnés de leur idéal. Ceux que j’ai pu voir avant que d’embarquer pour le Canada m’ont confié un message pour les camarades au Canada et aux États-Unis . C’est le suivant : « Dis à tous les camarades que, bien que nous ayons perdu, nous ne sommes pas vaincus. Tant qu’il nous restera un souffle de vie, aucun pouvoir ne réussira à nous écraser, à éteindre la flamme qui brûle en nous et notre détermination à revenir en Espagne et reprendre, une fois encore, la lutte pour réaliser les promesses du 19 juillet 1936 »

Laissez-moi souligner l’importance avant tout, notamment de la part des camarades des USA et du Canada, du besoin d’accroître votre ardeur et votre énergie pour nos courageux libertaires espagnols qui souffrent au delà de ce qui est imaginable dans les camps de concentration et en exil.

Fraternellement

Emma Goldman

Publié à l’occasion de mon 70ème anniversaire
27 juin 1939
295 Vaughan Road
Toronto, Ont, Canada

Note de l’éditeur:A l’appel de notre AMBASSADRICE LIBERTAIRE – officieuse mais bien légitime – au monde entier, nous ajoutons l’assurance que chaque cent de soutien envoyé à Emma Goldman ou à ce Committee to Spanish Libertarians, parviendra aux espagnols qui ont fuit le système sanguinaire de Franco. La plupart sont des exilés,menacés de mort si ils retournent en Espagne. Ils frôlent la famine tant qu’ils n’ont pas appris à gagner leur vie dans un pays étranger – LOS ANGELES LIBERTARIAN COMMITTEE

Traduction R&B