La Fête

Texte original: The Holiday Mother Earth. Vol.12, n°4 (Juin 1917)

Le 5 juin, le Moloch du militarisme trônera en grande pompe, attendant ses victimes destinées à satisfaire son appétit vorace.

Entouré de ses hauts dignitaires, courtisans, vassaux et laquais, le monstre va aller à la rencontre de la jeunesse du pays pour la sacrifier sur l’autel du fer et du sang, pour la gloire de Dieu, de l’esclavage de la démocratie.

La musique va noyer les gémissements et les malédictions des réticents. Les couleurs dissimuleront les yeux brûlants de haine. Une fête artificielle et des réjouissances masqueront la tragédie blafarde de ceux dont les fils, les frères, les amants et amis vont être offerts au sacrifice de cette journée de larmes du 5 juin.

En Europe, le jour du recrutement pour le service militaire obligatoire est une journée de deuil. Les pères manifestent un morne désaccord.Les mères emplissent l’air de plaintes de désespoir. Même ceux qui sont obligés de satisfaire au diktat de leurs maîtres considèrent leur tâche comme un devoir épouvantable.

Pas dans l’Amérique démocratique. Pour elle, la tragédie humaine a toujours été une source de réjouissance, qu’il s’agisse de la pendaison d’anarchistes, d’abattre des grévistes, de pourchasser des militants des I.W.W., du lynchage de nègres. C’est une fête à laquelle participe une foule joyeuse et ivre jubilant devant l’agonie de ses victimes.

Alors, de la même façon, l’Amérique démocratique célébrera ce jour crucial du 5 juin avec des chants des danses et des festivités, au son d’une musique assourdissante, les drapeaux flottant au vent, par une procession funéraire de 500 000 jeunes américains, pendant que le Moloch du militarisme sera assis sur son trône sanglant, prêt à dévorer les sacrifiés,mais en proclamant d’une voix dissonante : Louange à la démocratie! Gloire à la guerre!

Traduction R&B