Les miracles existent

Texte original: Miracles Do Happen Mother Earth Bulletin.Vol.1, n°2 .Novembre 1917.

Alexandre Berkman a été libéré sans caution des Tombs le 10 novembre, la seconde période de trente jours pour l’expulsion ayant expiré. Une fois encore, notre ami avait du satisfaire à la farce consistant à signer lui-même son retour en prison. Ce fut une procédure encore plus pénible que le mois dernier du fait que la demande de caution avait été rejetée .

Le groupe d’amis fidèles qui s’étaient rassemblées dans la salle du tribunal le matin du 10, et qui avaient ainsi l’occasion de voir Alexandre Berkman, le virent retourné en prison avec le cœur lourd. Notre tristesse s’accrut lorsqu’on apprit, deux jours plus tard, qu’il n’existait pas de base légale pour une libération sous caution et que nous ferions mieux de nous faire à l’idée que Berkman devra rester en prison jusqu’à ce qu’il soit envoyé à nouveau à Atlanta .

Puis, le mardi 13 novembre, nous parvint la merveilleuse nouvelle qui avait été communiquée à notre avocat Harry Weinberger, par le procureur de Albany représentant la Californie: Le procureur District Fickert retirait temporairement la demande d’extradition de Alexandre Berkman jusqu’à ce que soit rendue la décision sur l’appel concernant la constitutionnalité du service militaire . Harry Weinberger s’est immédiatement remis au travail pour faire libérer Berkman. Mais la paperasserie judiciaire nous a volé notre ami pour une autre journée. Finalement, le mercredi 14 novembre à midi, Alexandre Berkman est sorti libre.

Quelle était la cause de ce miracle? Le procureur Fickert avait-il désormais un cœur? S’était-il réveillé en prenant conscience que, au cours des derniers dix-huit mois, il avait commis un crime contre des êtres humains innocents? Souhaitait-il faire une bonne action en libérant Berkman, suivie par la libération des autres? Cela aurait été en effet un miracle comme il n’en a jamais existé

Non, Fickert est toujours sur la brèche, tenant bon ses victimes qui ont eu la malchance de tomber entre ses griffes. Mais il existe une Commission Fédérale qui regarde ses cartes truquées.Il y a aussi le souvenir qui le regarde en face ; un grand mouvement qui a vu le jour pour empêcher que Alexandre Berkman ne connaisse le même sort que Mooney et les autres.

Enfin, et surtout, il y a le fait qu’un prisonnier fédéral, Berkman, ne serait pas envoyé à San Francisco si facilement. Le procureur Fickert, après une lutte déchirante, a décidé de ne pas insister pour le moment pour l’extradition de sa sixième victime.

Notre camarade est libre — libre de se déplacer, de rendre visite à ses amis, de profiter du temps magnifique que nous avons à New York actuellement.Mais ne nous faisons pas d’illusions sur la liberté de Alexandre Berkman. Tant que Billings languit à la prison de Folsom avec son dernier recours pour un nouveau procès rejeté, tant que la potence attend Mooney et que Rena reste en prison, tant que Weinberg est soumis à lamêmefarce odieuse d’un procès et tant que Nolan risque d’être le prochain, Berkman n’est pas en tiré d’affaire. Notre travail, alors, ne doit pas cesser un seul instant.L’avenir est trop dangereux